AU DELÀ DES BOUCHURES
Juillet, deux journées au Portugal. Jean qui doit faire un déplacement d'affaires à Lisbonne et à Porto, décide de m'emmener en déplacement avec lui. Je connais déjà Lisbonne suite à un voyage effectué en compagnie de mon épouse, avec une nuitée dans un hôtel deux étoiles, mais là...
Le cinq étoiles de l'Avenida de libertad, au centre ville de Lisboa, avec son vaste et somptueux hall, avec ses luxueux tapis posé sur moquettes épaisses, un service impeccable, plusieurs restaurants de luxe et une chambre king size bedded avec des rideaux en soie, vous donne soudain l'agréable impression d'avoir gagné au Loto.
Première journée de travail à Lisbonne durant laquelle nous restons ensemble. La seconde journée comporte un déplacement aller-retour à Porto, rencontre avec des techniciens de l'industrie pétrolière. Départ dix heures de l'aéroport, retour à l'hôtel à Lisbonne aux environs de vingt-trois heures. Jean souhaite y aller seul, et me demande de l'attendre, en soirée, dans un cabaret connu de lui, et situé à trois cents mètres du palace. Pour ma part, première visite en un tel lieu.
Début de soirée à vingt-deux heures, attractions jusqu'à vingt-trois heures trente. Choix entre une bouteille de cinquante centilitres d'un quelconque blended scotch whisky et une bouteille de mauvais champagne. J'ai commandé la seconde pensant en consommer la moitié en attendant Jean Préault. Erreur de plan de vol.
Vers onze heures quinze, bourdonnantes comme un essaim d'abeilles, légèrement vêtues ces dames débarquent dans la salle, reconnaissent les habitués et repèrent les pigeons. Deux d'entre elles me demandent la permission de s'asseoir à ma table. Je donne mon accord. Erreur de pilotage.
Chacun imagine la suite. De deux, ces dames passent à quatre, puis à six Et sur le coup de minuit trente la quatrième bouteille de champagne est servie sans que je n'ai rien commandé et alors que j'ai arrêté de boire. L'angoisse s'installe en moi, car j'imagine la note et sais que je n'ai pas de quoi payer... Alors dans un sursaut, un peu paniqué tout de même, je me mets à hurler :
« Stop, ça suffit, … l'addition... basta... I want the bill !! »
Le serveur arrive, sourit et dépose l'addition. Je lis, je relis, et une intense émotion s'empare de moi. En francs de l'époque, avec les taxes (y compris celle, très élevée, qui intéresse l'action coloniale des troupes portugaises en Angola), le total dépasse cinq mille francs.
Je fais comprendre au serveur que je ne peux pas payer et j'attends. Deux balèzes, en smoking viennent lentement vers moi. Les dames s'envolent … je demeure seul. Très ennuyé je me demande comment je vais me sortir de cette impasse. Je grimace un sourire et tente de parlementer en anglais, cite le nom du palace pour impressionner. Imperturbables, les deux armoires m'expliquent que je dois payer. À voix forte, comme pour me rassurer, j'explique à nouveau que je ne peux pas. Silence réprobateur. Attroupement autour de la table du petit français. Je sens que ça va mal tourner. Soudain une voix timide, à l'accent demeuré berrichon, parvient à mon oreille :
« Ben, qu'est-ce qui se passe ici ? Ah ! C'est toi, mais qu'est-ce qui t'arrive avec tout ce monde... ? »
Je retrouve soudain confiance. Explications gênées. Jean pige rapidement. Sans s'émouvoir outre mesure, il règle l'addition en liquide. Soudain, tout redevient calme. Les deux balèzes retrouvent chacun une impassibilité de routine et grimacent un sourire absent.
En revenant vers notre hôtel, embarrassé par la situation vécue, je raconte à Jean Préault toujours décontracté, comment je me suis fait piéger.
Au fur et à mesure de mon récit, Jean se moque de ma naïveté et se marre de bon cœur...
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