Nous aurons également le plaisir d'être invités à dîner dans la coquette maison du mentor de notre stage. Occasion lors d'un agréable et substantiel repas, débuté à dix-huit heures, de connaître les usages hollandais, et le sens de l'humour qui conduit à cligner de l’œil et non à rire aux éclats.

Même, en cette période d'hiver, Amsterdam, — cité des marchands et des navigateurs, capitale bâtie sur une forêt de pilotis (troncs d'arbres et pieux en béton), avec ses canaux et plus de trois milles, maisons, tours, et entrepôts impeccablement conservés depuis le dix-septième siècle — est une ville hospitalière, animée et charmante, qui participe, également, de la courageuse et dynamique Hollande — des digues, des polders … du flying Dutchman et des bicyclettes — et sourit, tout à la fois moderne et attachée au passé.Que ce soient les ballades le long Singel (en été, parcours généreusement fleuri, que le renouvellerai en compagnie de mon épouse), à partir de Muntplein, vers Dam square, le Palais Royal et la New church, un déambulé dans Leidsplein, ou bien visiter le Rijksmuseum, tout ici respire d'un charme poétique. Et que dire de ce petit piano bar, découvert accidentellement, ou certains rescapés des rafles nazies, — qui comme Anne Franck, ont vécues enfermées ensemble pendant la guerre — se retrouvent le samedi soir, et célèbrent dans l'affection et la ferveur, en chansons le plus souvent françaises, leur joie d'avoir échappé à l'holocauste. Très aimablement accueilli, je viendrai plusieurs fois chanter avec eux quelques succès nationaux.

Dernière semaine. Thiot a choisi de revenir de France avec sa voiture.

Le rapport est toujours en suspend... Il se trouve que j'ai le plan et le texte en tête, et suis en mesure de le rédiger, mais l'idée d'écrire plus de vingt pages me rebute. La solution ou plutôt le deal va être trouvé mercredi soir en buvant une Heineken au Molen de Dikkert. Au-delà de l'organisation de KLM, devant faire l'objet d'un texte limité et de schémas prévus en annexe du rapport, le document à rédiger, étant de contenu majoritairement avion (ma formation de base, alors que celle de Thiot est motoriste) et la comparaison entre le DC 8 et le B 707 que je connais très bien, je suggère à mon jumeau de nous atteler au travail, le lendemain jeudi soir, et lui propose d'écrire sous ma dictée et son contrôle. Affaire conclue ! Jeudi, en fin de journée, nous disons au revoir à nos hôtes de KLM.

À vingt-deux heures, dans la chambre de Thiot, nous sommes prêts. J'ai rédigé le sommaire en double exemplaire et à cheval sur une chaise, je commence à dicter. Moyennant une tasse de café chaque heure, le rapport (mieux écrit que je ne l'aurais fait) est mis au propre et terminé vers cinq heures du matin. Sommeil jusqu'à midi respecté par notre hôtelier. Libération des chambres, comme convenu à quatorze heures. Déjeuner tardif à l'aéroport. À seize heures, Thiot repart seul en voiture vers Paris.

Le fameux duty-free de l'aéroport de Schipol capte, comme à chaque fois, toute mon attention. Et ce vendredi, compte tenu d'un embarquement prévu à dix-huit heures trente, je dispose de plus de deux heures. Je m'attarde à toutes les boutiques. Et une fois de plus, en quantités autorisées, le retour s'effectue, avec bouteille de whisky, cartouches de cigarettes, boîtes de petits cigares, coffret de délicieuses anguilles fumées … le tout empilé dans le voyant sac jaune aux inscriptions rouges et noires bien connues de cet aéroport. Lors du vol de retour, assis en première classe, autorisée par un ordre de mission, avec l'opportunité d'un repas de qualité, ce soir là, à bord de la Caravelle, je suis invité par l'hôtesse, à m'installer à côté du chanteur Claude Garou, lequel aimablement positionne sa contrebasse contre la cloison avant de l'appareil. Durant le vol, nous échangeons, en souriant, quelques politesses et je contrains difficilement ma furieuse envie de converser avec lui, afin de ne pas éventuellement déranger, en ma qualité de passager compagnie, ce talentueux client VIP.

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