Avec la mi-mars mil neuf cent soixante- huit, la fin de ce cycle de formation arrive et nous sommes tous, fébriles, dans l'attente de nos résultats. Une assemblée, — réunissant l'ensemble des professeurs, répétiteurs, permanents, et dirigeants du Centre —, est chargée, pour chacun d'entre nous, d'exploiter l'ensemble des prestations et résultats et de porter une appréciation finale sur le niveau de connaissances acquis (cours théoriques, cours techniques, culture), mais aussi aptitudes au dialogue (capacité d'élocution, qualité et précision du langage) et au commandement et, en finale, sur l' ou les orientation(s) possible(s) (commandement et/ou études). .

En plus du diplôme provisoire d'ingénieur de production4, chaque sortant recevra donc une fiche d'appréciation personnelle, dont double (peut-être plus détaillé) sera remis à notre employeur.

Cette réunion terminée, Madame Saur, efficace et bienveillante professeur d'anglais s'attarde auprès de quelques-uns d'entre-nous et rassure en souriant les inquiets. Je reste quelques instants de plus avec elle et lui demande ce qu'aurait apporté ou non, le fait de soutenir ma thèse en langue anglaise. Madame Saur me répond simplement que j'aurais dû le faire sans demander d'avis à personne. J'exprime alors mes regrets que mon interlocutrice balaie soudain :

« C'est fait. N'ayez pas de regrets. De toutes façons, sachez que pour trois d'entre vous, le conseil des études a jugé que vous aviez les aptitudes à faire une grande école d'ingénieurs... sauf, bien sûr, Polytechnique... Allez, je me sauve,... et gardez cela pour vous. »

Heureuse surprise, dont j'obtiendrai confirmation auprès d'Alain Bosquet, directeur-adjoint du CÉSI, durant la festive soirée organisée par la promotion, dont le groupe 2-3, auquel j'appartiens, assurera l'animation.

Ça y est!

J'ai les deux documents ente les mains, et ressens beaucoup d'émotion. La fiche de sortie est très satisfaisante — qui mentionne une aptitude très bonne pour les études et une aptitude à cheval B/TB pour les postes de commandement —, et les favorables appréciations liées, me conviennent. Tout ce travail, tous ces efforts, toutes ces soirées, ces samedis et dimanches passés à étudier, et enfin ce résultat, dont le mérite revient, aussi à mon épouse qui a courageusement et avec confiance, accompagnée toutes ces années....

J'aimerais m'ouvrir à quelqu'un des sentiments qui me parcourent. Dans ma famille, je ne le peux. Quant à mon épouse, elle ne s'émotionne jamais de ma réussite et sa sagesse, toujours égale, et la grande confiance qu'elle me porte, me laissent penser qu'elle trouve ma réussite normale, qu'après tout, il n'y a pas là de quoi fouetter un chat et qu'il convient de rester modeste. Seul mon beau-père, ancien apprenti et professionnel de haut niveau, à qui ultérieurement je montre la fiche et le diplôme me donnera une ferme poignée de mains et me dira sobrement que c'est bien.

Et la courte déclaration de Riton les gros bahuts5, me fera très plaisir.

Sur le plan de l'organisation et de l'animation, la soirée de la promotion fût un succès. Tous les autres groupes (décoration de la salle, sonorisation, orchestre, accueil, et restauration) avaient tout à fait bien rempli leurs missions. De vingt-deux heures à cinq heures du matin, avec la complicité de trois copains du groupe, j'animai une soirée faite de gags et de scènes et chansons satiriques, entrecoupée de danse, avec, à minuit, tirage d'une loterie qui permit à défunt Bernard Ménard (CÉSI 1965/1967) de gagner et de déguster avec l'assistance, dix kilos d'un boudin noir de qualité accompagné de six pots de moutarde...

 - 222 -