AU DELÀ DES BOUCHURES
En conséquence, je détache la dernière page de ma note de travail (conclusion d'une vingtaine de lignes) et donne le document à la frappe. L'usage veut que la secrétaire soumette le document frappé, accompagné du document écrit du rédacteur, à la signature du chef de département.
Deux jours après, dix heures du matin, Maurice Locar, surgit dans le bureau, au complet.
« Dites donc, Manigault, on ne vous a pas appris à rédiger une conclusion, au CÉSI... ? »
Immédiate, ma réponse fuse :
« Monsieur Locar, … au CÉSI, si, mais peut-être pas à Sup'elec... tenez SVP...ma conclusion... »
Le père Locar, pige immédiatement, prend mon texte et fonce chez Jeannot Lapin :
« Dites donc, mon vieux.... »
Dans le quart d'heure suivant, Loviny réapparaît :
« Vous avez une minute, Manigault... ... Locar voudrait qu'on remette notre conclusion... Vous connaissez Monsieur Locar......! Il insiste, alors on y va... ».
Souffrant de la vésicule biliaire, notre ami Loviny tente, de temps en temps, et sans méchanceté, un soulagement... Il m'interroge un jour sur le niveau de culture des ingénieurs du CÉSI. Je lui fais alors, à titre personnel, et dans l'ordre, deux remarques dont la seconde très caustique, et une proposition :
« Concernant la culture des ingénieurs issus du CÉSI, je souhaiterais d'abord que vous ne généralisiez pas... S'agissant du niveau de culture des personnes envoyées au CÉSI, je me poserais d'abord la question de savoir quel est le cadre supérieur qui a proposé leur candidature, et sur quelles bases... en ce qui me concerne, je suis à votre disposition pour organiser et subir un test, en même temps que deux ingénieurs grandes écoles de mon choix. Je propose que ce test comporte cinq domaines dont deux proposés par chaque candidat au test ».
Petit rire saccadé de Jeannot Lapin :
« Effectivement, ce serait intéressant... notez que je ne pensai pas à vous en évoquant le point de départ... »
Alors qu'à mon nouveau poste, après avoir été bien reçu par ma hiérarchie, je débute avec mes nouvelles et intéressantes activités, soudainement, ce qu'on appellera ultérieurement les événements de mai soixante-huit2, viennent perturber l'entreprise et ébranler la société française.
Après les barricades et les émeutes du quartier latin, les syndicats — quelque peu dépassés par les événements et, comme les partis politiques, soucieux de maintenir leur présence — déclenchent les premières grèves. Rapidement, les cadres de la direction du matériel, sont mobilisés pour effectuer les visites journalières, et les check-list de départ, à l'escale d'Orly. En piste, c'est alors l'occasion de côtoyer Kientz et Peltier, alors respectivement chef de la division avions de l'escale et chef du Centre de la Région Parisienne. C'est l'occasion de faire les visites pré-vol avec quelques copains devenus mécaniciens navigants, et de faire les débattements de gouvernes et la mise en route des moteurs avec mon « vieux » copain Gérard Monnier déjà « cocher » sur B 707.
Après une dizaine de jours, le mouvement s'élargit. Puis une grève générale, — lancée par des syndicats désirant retrouver leur rôle, leur influence ou simplement acter de leur existence — déclenchée chez Air France, Aéroport de Paris et à la DGAC, met fin à l'activité aéroportuaire. Les pistes et zones de trafic d'Orly sud, deviennent silencieuses et désertes. Les assemblées générales se multiplient à Orly, Toulouse Montaudran ainsi qu'à Maine Montparnasse. Chaque jour, à l'hôtel Hilton d'Orly, un point de la situation est délivré par les représentants de la voie apaisée (Jean Bavoux, déjà évoqué, y prend une part active) et font tout pour remettre un peu de clarté et d'assurance à une assemblée d'agents de maîtrise et de cadres très attentifs et soucieux du devenir de la Compagnie, mais parfois désorientés ou démoralisés par la tournure des événements.
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