AU DELÀ DES BOUCHURES
Période assez trouble, durant laquelle un défoulement, aux pulsions parfois agressives, et un prurit sociétal, nés des inquiétudes estudiantines (débouchés, risque de chômage y compris désormais, pour les héritiers des classes dirigeantes) surgi au sein des trente glorieuses, — accompagné et nourri par l'activisme gauchiste, les attitudes et calculs opportunistes de beaucoup, les revendications de tous bords, et simultanément de la surprise, puis de l'attentisme d'un grand nombre —, finiront par s'estomper, pour faire place à une négociation sociale au contenu plus traditionnel.
Puis, progressivement, comme après une maladie suivie d'une convalescence, le travail reprend, au soulagement quasi général, … avec la satisfaction d'une augmentation de salaire pour chacun et plus encore, avec la bonne nouvelle du paiement, pour tous, des jours de grève....
À partir du 30 septembre mil neuf cent soixante- huit, Thiot et moi, (CÉSI 66/68), invités par la direction du personnel (DP), participons, durant une quinzaine, à Maine Montparnasse, siège d'Air France, au stage « jeunes cadres 1968 » de la compagnie Air France. Toutes les grandes écoles sont représentées. Le groupe de quatorze personnes comprend entre autres deux polytechniciens, et, en auditeurs libres deux énarques, dont un certain monsieur Ghuysen qui, en 1991, sera nommé Directeur Général Affaires sociales de notre compagnie.
Le stage, est rigoureusement dirigé par Claude Rossignol, Inspecteur-en-chef, est animé par plusieurs cadres de la DP . L'un d'eux, certainement partisan de l'immuabilité des situations, est chargé d'un exposé sur l'entretien des avions. Parfaitement serein, il déroule son texte en indiquant les potentiels des avions en vigueur en mil neuf cent cinquante-six soit douze ans plus tôt.
Je prends la liberté de lui faire remarquer son erreur et le fait que la qualité de l'entretien a pour objet de rechercher les augmentations de potentiel des machines. Imperturbables le petit monsieur indique au groupe que cela ne change rien au contenu de l'exposé.
Le samedi cinq octobre je dois assister à l'enterrement de ma chère grand-mère décédée le premier du mois. Après avoir informé le responsable du stage, je m'absente le vendredi quatre après-midi.
À la reprise, le lundi matin, monsieur Rossignol, en présence du groupe, m'apprends qu'en mon absence, les participants unanimes m'ont désigné pour faire, le lendemain mardi, un exposé d'une heure concernant les perspectives de l'informatique.
Encore à la peine du deuil de celle qui remplaça, avec tant de dévouement, ma mère bien trop tôt décédée, et observant le peu de temps qui m'est offert, choqué de l'attitude du groupe, et par ailleurs paniqué du fait de l'extrême minceur de mes connaissances dans le domaine, j'encaisse le coup et ne proteste pas. Dans le pire des cas, je me réserve de provoquer le groupe, en délivrant, demain matin à chacun, une chemise papier avec une feuille blanche à l'intérieur
Cependant, en fin d'après-midi, ayant révisée ma position, à peine sorti du parking en sous-sol de Maine, calme, je stationne mon véhicule et, appelant le secours de la Providence, me dirige à la recherche d'un kiosque à journaux ou d'une librairie.
« Vous n'auriez pas une revue récente sur l'informatique... ».
Le kiosquier me dévisage comme si j'étais ministre et cherche dans les périodiques...
« Ah, ben tenez, y a ça qui vient juste d'arriver … »
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