une seconde chance sur le plan professionnel. Ses efforts ne doivent pas être contrariés, même par les études de son fils.

Tout cela, je le comprenais Par contre l'idée d'abandonner une vie scolaire jusqu'alors agréable par son ambiance et ses résultats, pour devenir électricien ou mécanicien, m'apparaissait sur l'instant, totalement impossible. Je n'avais aucun mépris pour ces professions, mais cet objectif semblait dépasser mes possibilités. En fait, avec mon mètre cinquante de hauteur et mes quarante kilos, ignorant tout des métiers manuels, je ne me sentais pas de taille à envisager ces professions. Quant au métier de charcutier allié à celui de traiteur, je l'aurais éventuellement envisagé avec mon père, mais à deux conditions, irréalistes en l'état du dossier : que mon père achète une boutique et qu'il se sépare de cette femme que je n'estimais pas. J'aurais aimé pouvoir parler de tout cela avec mon père.

J'étais donc seul, et a priori dépourvu, devant une nouvelle situation qui me semblait sans issue.

L'affaire se déroula comme prévue, avec ses inscriptions aux épreuves de recrutement, les concours, puis les épreuves sportives. Par chance je réussis les concours, de niveau national, des trois entreprises. Je fus cependant éliminé aux épreuves sportives de la RATP. En finale, toujours sous l'influence des informations de la cousine secrétaire, je retins Air France dont on m'avait vanté les qualités d'instruction du Centre de Vilgénis. Ma belle-mère fût ravie de ce choix, en observant que les études se déroulaient en internat et que, sous réserve de servir Air France cinq années après l'apprentissage, les trois années d'études étaient gratuites. Ainsi, la compagne de mon père, qui avait toujours renoncé à me mettre en pension, pour des raisons pécuniaires, venait de réaliser un coup de maître en m'expédiant, à peu de frais en apprentissage.

J'avais, bien évidemment évoqué le sujet au fur et à mesure avec les copains. La Commune libre de la rue des écoles, comprit mieux que moi la difficulté financière de poursuite des études et mesura comme une chance importante le fait d'appartenir ultérieurement à la Compagnie Air France tant les promesses de développement de cette société étaient importantes. D'ailleurs, à l'exclusion de Roger Coupé qui poursuivrait pour tenter de décrocher le bac, tous quitteraient l'école en fin d'année, pour aller apprendre un métier. Jean Joly, se destinait à être dessinateur industriel.

Dans ces conditions, j'acceptai progressivement mon sort, ou plus exactement le fait d'avoir à abandonner les études menant au baccalauréat. J'avais toujours autant de difficulté à imaginer mon avenir.

En classe, seul monsieur Ménard, le professeur de Français, m'avait fait part de ses regrets. J'avais ressenti sa sincérité, même sa peine et son impuissance. Lors de mon dernier trimestre scolaire, je demeurai bien classé, fus brillamment reçu au brevet mais, un peu déprimé par ce qui m'arrivait, et surpris par un robinet de baignoire usagé (!), je fus reçu de justesse au certificat d'études primaires avec, en maths, une note tout juste égale à la moyenne !

Une journée, je décidai de faire l'école buissonnière. Ce fut pour moi une journée de crainte et d'ennui. Je me promis de ne pas renouveler cette expérience sans intérêt. Monsieur Bénard, le directeur de l'établissement découvrit sans peine l'imitation de la signature de mon père, sur le mot d'excuse concernant mon absence. Il me fit appeler, écouta mes aveux avec compréhension, sans m'admonester, et en élargissant la conversation. Déjà informé de mon futur départ de l'école, il décida de convoquer mon père, pour en savoir un peu plus et tenter d'infléchir la décision.

Lors de l'entretien auquel j'assistai, mon père fit allusion à une situation familiale complexe et affirma l'impossibilité de faire autrement. Le directeur insista alors sur le fait que j'étais un élève doué, particulièrement en mathématiques et exprima à mon père ses vifs regrets. Mon père avait le visage triste, mais ne changea en rien sa décision...

Les derniers jours au cours complémentaire passèrent tristement. Mais les vacances approchaient qui ne manqueraient pas d'estomper la plupart des soucis.

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