AU DELÀ DES BOUCHURES
L'événement de l'été fut un déplacement en Haute Marne afin, pour moi, de faire la connaissance de la famille de la compagne de mon père. Au cours d'un repas organisé dans une ferme, je rencontrai ses parents, gens courageux, anciens mariniers, puis anciens exploitants agricoles, son frère et sa belle-sœur personnages rustiques, plus malins qu'intelligents et intéressés, son beau-frère Gaston marié à sa sœur Georgette et leur fille Ginette. Ces derniers, d'entrée de jeu me parurent les plus intéressants malgré la modestie de leur situation.
Gaston, le beau-frère, homme posé et généreux, plombier de profession, qui croyait ferme en l'idéal communiste, facturait peu ses travaux et rentrait un bien maigre revenu familial. Ma belle-mère, au jugement toujours définitif, disait de lui que c'était un con... Georgette et sa fille avaient attiré mon attention. Autant la compagne de mon père était réservée à l'effort, râleuse et trop souvent vulgaire, autant sa sœur était active, souriante, avenante et agréable à vivre. Sa fille Ginette, jeune fille déjà bien faite de sa personne, au plan du caractère, ressemblait à sa mère, y compris, ce que j'aimais beaucoup, en vivacité d'esprit. Seize ans passés, bonne élève d'une école ménagère, elle abordait sa dernière année de formation.
Elles m'adoptèrent immédiatement. J'en fis autant avec beaucoup de joie.
Ginette fut invitée à venir passer la deuxième quinzaine d'août chez nous à Créteil. Bien que mes parents soient en congés, elle soulageait sa tante, l'Andrée, en faisant le ménage et une partie de la cuisine. Ma belle-mère se méfiait de ses remarques pertinentes, mais mon père appréciait sa liberté d'expression Elle passait le reste de son temps non employé, avec moi, me parlant de son école, me précisant qu'elle y était bien avec ses copines, tout en observant le régime d'internat. Je lui livrais mes préoccupations à l'idée d'être moi aussi, interne dans ma future école qui se nommait d'ailleurs centre d'instruction. Elle m'écoutait détendue et me rassurait avec conviction, montrant à la fois sa compréhension et me laissant deviner sa complicité :
« Tu vas découvrir une autre vie, connaître d'autres copains, aborder d'autres matières... Et puis tu n'auras plus l'Andrée sur ton dos... tu verras mon piot, ce sera mieux pour toi! »
Ginette plus qu'une copine me parlait en amie et j'éprouvai pour elle admiration, grande confiance, et reconnaissance. Les courses fastidieuses dont se déchargeait systématiquement toujours sur moi ma belle-mère, faites en compagnie de ma cousine, m'apparaissaient plus sympathiques, d'autant que ses remarques vives et délurées me faisaient rire.
Ainsi complices, un samedi matin nous décidons de parcourir la boucle de la Marne durant l'après-midi. Sur le prétexte d'aller à la baignade Sainte-Catherine de Créteil, nous quittons la maison dès quatorze heures. Et nous voilà traversant le pont de Créteil et Saint-Maur-des Fossés pour retrouver, après bien des hésitations, la rive droite de la Marne face à la ville de Champigny...
Nous décidons de suivre la rive du fleuve pour le retour, en longeant Saint-Maur et La Varenne et de nouveau atteindre, en finale, le pont de Créteil. Nous admirons le fleuve ou canotent çà et là des gens habillés en sportifs, selon le cas, heureux riverains, habitants du voisinage ou parisiens venus en balade, et les berges abritées d'arbustes par endroits ou s'appliquent, à oublier le monde et le bruit des villes, quelques pêcheurs. Nous découvrons des îles, dont certaines habitées, ainsi que sur l'autre rive, les superbes villas de propriétaires nantis.
En ce samedi ensoleillé d'août, l'agréable bucolique spectacle qui se déroule au ralenti, sous l'œil de quelques promeneurs, fait de ces paisibles et fugaces instants un jour heureux.
Mais le temps passe. Il est dix-sept heures trente quand nous atteignons La Varenne. Nous avons parcouru plus de huit kilomètres et je ressens soudain la fatigue. Ginette accepte de s'arrêter, au pied d'un arbre, en un endroit protégé de la route par un bosquet. Elle s'est naturellement allongée sur le dos. Je viens m'asseoir près d'elle. Soudain, elle cueille un brin d'herbe et fixe le ciel en fermant les yeux. Son corsage échancré laisse apparaître le dessus d'un sein bronzé. Sa courte jupe, libère en partie, deux cuisses bien dessinées. Jusqu'alors, j'ai apprécié Ginette pour sa gentillesse envers moi et la franchise de son caractère. J'ai été
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