AU DELÀ DES BOUCHURES
Sentencieux, énigmatique derrière son regard d'astigmate (je le suis également, mais grâce à la Bates method for a good sight without glasses5, je ne porte pas de lunettes), et puis souriant, le chef se laisse aller:
« Ben, dites donc.... C'est du Mozard votre étude... ».
Je ne résiste pas :
« … la flûte enchantée ou la petite musique de nuit... ? »
Jeannot Lapin sent que l'on va croiser le fer :
« Non, votre étude est très bien conduite, et le résultat intéressant... Elle va un peu surprendre... mais, c'est bon, on y va... »
Durant mes cinq années passées au Département, trois événements, très significatifs à mes yeux, et touchant ma carrière, ont eu lieu :
1/ à la fin de la troisième année dans le service, alors que j'ai trente-six ans, Monsieur Locar me propose pour un avancement accéléré. Jusqu'alors, un seul CÉSI, efficace à son poste, et à cette époque, âgé de trente-sept ans, a eu droit à cette mesure. Cette proposition concernant mon avancement exceptionnel est refusée au niveau direction. Rapide enquête hors voie hiérarchique et résultats : le refus n'a rien à voir avec moi, mais avec mon âge... Quant à celui à qui vous faites allusion, c'est particulier, il a un poste en production et a bénéficié de certains appuis...
2/ Un an plus tard, soit été mil neuf cent soixante-douze, Maurice Gruson, qui comme adjoint production, m'a connu, au grand entretien, en catégorie deux et me pratique depuis plus de deux ans concernant les hangars N8 d'Orly et H1 de Roissy, m'offre de venir travailler, au siège, à Maine Montparnasse, dans le département dont il a la charge, pour occuper un poste catégorie V.
Dans cette perspective, Maurice Gruson contacte Claude David, alors Adjoint relations du Travail et gestionnaire sourcilleux du « parc » d'ingénieurs CÉSI. Réponse négative de l'homme à la pipe...
3/ En juin mil neuf cent soixante-treize, passant un soir, vers dix-huit heures à la régulation centrale, je rencontre Claude Kientz, qui fut pendant trois ans et demi, mon chef direct au département grand entretien avions. Kientz est alors chef de la Divisions Avions du Centre escale d'Orly.
Saluts cordiaux, puis quelques pas sur le tarmac pour s'éloigner de la régulation. Kientz me confie qu'il a un problème avec le commandement de la Subdivision d'entretien en piste, et... qu'il voudrait bien me récupérer.
Kientz a mon respect et mon estime : c'est un type compétent, courageux, honnête, exigeant mais agréable. Au travail, il sait tirer le meilleur de chacun, mais, bien éduqué, n'est pas du genre à exiger ou n'est, peut-être, pas en mesure de pouvoir convaincre l'échelon du dessus... pour arracher une promotion accélérée...
Le chef de la Subdivision avions est un ingénieur sup'aéro que j'ai connu, lorsqu'il était en stage de jeune embauché, au grand entretien : type sympa, intelligent, peu connaisseur du tas, et, de mon point de vue, pas assez rapide en décision, et comme je dis, dans mon langage direct, un peu ramolli au boulot
L'adjoint à ce chef, c'est Gilbert Boéri, ingénieur CÉSI qui m'a précédé au Service Méthodes.
- 232 -