Boéri, comme moi, est un ancien de Vilgénis. Je l'aime bien. Il me semble faire son boulot correctement, et avec lui, je rigole lorsque nous parlons ensemble de notre destin versus celui des ingénieurs grandes Écoles. S'agissant de nombre de ces derniers, il a cette formule lourde de sens :

« Moi, je fais mon travail, sans chercher à sympathiser avec eux, je les laisse pour ce qu'ils sont..! »

Librement, je demande à Kientz lequel des deux ne fait pas le poids. Un peu surpris de mon style direct, Kientz se met à twister et me revisite sa demande, sans rien préciser.

Au bout d'une séquence de tourne autour, je lui propose ma synthèse :

« Bon, si je comprends bien, vous avez besoin de quelqu'un pour faire le boulot et c'est plus facile de remplacer un CÉSI par un autre CÉSI que vous connaissez bien et que vous appréciez, que de trouver un ingénieur grandes écoles, susceptible de faire le poids à ce poste... Alors ma réponse est claire, moi je suis prêt à faire le job, mais comme c'est un poste en catégorie V, sous réserve de réussir, je demande à bénéficier d'une promotion en V, au premier juillet mil neuf cent soixante-quatorze... Et, je souhaite un engagement ferme de votre part... »

Sans lui faire aucun reproche personnel, je lui rappelle comment j'ai, pendant plus de deux ans, fait fonction catégorie IV, comme chef du service Ordonnancement/Lancement/Coordination, sans une seule prime, sur le prétexte que je devais aller au CÉSI.

Je l'informe qu'un avancement exceptionnel me concernant, demandé par Locar a été refusé.... et que Claude David, adjoint Relations du travail, très soucieux de conserver les gens du CÉSI à la direction du matériel, s'est opposé, un an plus tôt, à ma mutation à Maine au Département Installations fixes pour prendre un poste en catégorie V...

Un peu acerbe, mais toujours correct, je lui fais observer que puisque la règle d'avancement semble être administrative, eh bien, dorénavant, j'ai bien l'intention d'en tenir compte, et que sauf assurance de sa part, je ne suis pas volontaire pour prendre ce poste.

Kientz plaide à nouveau, avec beaucoup de conviction et il faut toute ma volonté pour résister à son côté sincère, sympathique et engageant. Mais, je tiens ma position, en lui précisant (mais il le sait) qu'en cas de mutation décidée par la hiérarchie, je ferais bien évidemment le job correctement.

Il est vingt-et-une heures … Sur le tarmac, la nuit commence à tomber. On se quitte sur un échec. Kientz sait que j'ai raison, mais mes observations, hélas totalement exactes, ne peuvent être reçues officiellement. Kientz est aussi un chic type qui ne me tient pas rigueur de mon argumentation précise et de ma dialectique un peu caustique.

Janvier mil neuf cent soixante-quatorze, je suis informé, sans autre précision, être destiné à faire partie de l'équipe de la direction du matériel qui va ouvrir la base d'entretien de Roissy.

Dominique Noat, Ingénieur de l'École de l'air, adjoint production de la division d'entretien des long-courriers d'Orly, est désigné comme chef du futur département de petit entretien de Roissy.

En compagnie de ce dernier, au mois d'avril de la même année, je suis envoyé en mission auprès de Lybian Arab Airlines (LAA). L'objectif est de définir les conditions de réalisation des visites bloc (flotte B 727 et B 707 personnel de Khadaffi).

Noat, que cette mission ne passionne pas, et moi accomplissons pendant une semaine, notre mission de traîneurs de sable, dans une Lybie effervescente, et sans être en mesure de rencontrer de véritable dirigeant de la compagnie. Air France assiste déjà LAA, techniquement au sol par un détachement de mécaniciens assistés de manœuvres libyens, et sur le plan opérationnel

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