Au titre du futur département avions de Roissy, mon travail comprend le suivi des investissements de l'année en cours et l'établissement de la préfiguration, au titre de l'année n+1, de ceux-ci et des travaux d'aménagements fonctionnels. À ce titre, je rencontre l'aimable et bosseur Guy Thiriet, éternel tireur de bouffarde lui aussi et … accessoirement syndicaliste CGC.

À la fin de notre courte séance de travail, moment de détente.

En toute connaissance de cause, et donc avec un petit sourire gourmand, il me fait cette confidence :

« Les syndicats ont découvert que la direction du Transport et du Fret ont décidé de promouvoir à la catégorie qui correspond au poste occupé, tous les cadres mutés à Roissy. Sur cette base, vous qui allez occuper un poste de catégorie V, si vous étiez dans une de ces deux directions, vous auriez votre promotion au 1er juillet mil neuf cent soixante quatorze... »

Ayant établi la prévision d'investissement pour l'année mil neuf cent soixante-quinze, (année où va démarrer l'activité Concorde) et forfaitairement mentionné une modeste somme pour d'éventuels travaux d'aménagement fonctionnel, à l'intérieur de la 3ème cellule du hangar H1 (H1-3), je rends compte à Noat de mes prévisions argumentées et lui propose de signer la note destinée au service Équipement industriel de mon précédent département de rattachement. Échanges concernant les éléments de programme qui durent une dizaine de minute. Justification d'installation extérieure d'abris « moteurs » pour courtes interventions sur accessoires moteurs (vanne de démarrage, pompe hydraulique), hors hangar. Noat semble me faire totale confiance dans ce domaine et signe la note.

Avant de nous séparer, Noat m'interroge pour savoir s'il y a eu une suite à notre mission à Tripoli. Je lui réponds négativement, et mets à profit cette question pour lui communiquer ce que m'a appris Guy Thiriet.

Je l'informe également de ma courte visite chez Claude David, y compris du rapide passage du sous directeur Treins et de sa curieuse déclaration à mon égard. Je lui précise que Treins, durant une courte période, a été mon chef production au grand entretien, et à l'origine de ma mise en place à la tête du service « Lancement-coordination ». Finalement, je lui rappelle l'ensemble de mes éléments de carrière et, sous réserve de l'exactitude des éléments fournis par Thiriet, lui demande de bien vouloir interroger David concernant ma promotion... Noat réfléchit à la situation et, allant dans le sens de mon raisonnement, retient d'en parler à Oziol et à David.

Concernant la carrière des ingénieurs issus du CÉSI, Claude David est sur ce que j'appellerai la ligne Scherer, laquelle considère cette voie (sélection et études) comme destinée à former des gens susceptibles de tenir, — avec le bénéfice d'une meilleure formation générale et d'une plus grande capacité d'adaptation concernant aussi bien les évolutions techniques et organisationnelles que les nécessaires adaptations sur le plan social -– les postes de chef d'atelier, de chef de service important voire de chef de Subdivision, précédemment tenus par des éléments de valeur, issus du rang, postes pour lesquels les ingénieurs des grandes écoles montrent peu de goût et d'intérêt...

Cette disposition qui limite d'emblée une population de cadres diplômés me choque. En effet, que dirait-on d'une règle qui, indépendamment de la valeur propre de chacun, conviendrait que les Arts et métiers ne peuvent accéder qu'aux postes de chefs de division, les Sup'd'aéro aux postes de chefs de départements et qui réserverait aux seuls polytechniciens les postes de Directeurs ?

Parallèlement à cette situation de fait, deux d'entre nous, — Daniel Masson (CÉSI 65/67) et Bernard Ménard (CÉSI 64/66), au titre du syndicat Force Ouvrière, ont effectué une large étude comparant l'évolution des salaires des ingénieurs CÉSI dans les différentes entreprises. Cette étude indique que dès les cinq années qui suivent la sortie du CÉSI, l'évolution des salaires est nettement (plus de 20% de différence) plus importante dans le privé.

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