AU DELÀ DES BOUCHURES
Au mois de mai mil neuf cent soixante-quinze, a lieu le premier mouvement de grève des chauffeurs de tracteurs. Un tracteur attelé à l'avion, sans chauffeur disponible, Concorde attend sa montée en piste pour un vol de reconnaissance sur Gander. Je réalise immédiatement « l'exploitation » qui sera faite de la situation si l'avion reste au sol.
Je fonce à la régulation, m'informe du point de stationnement attribué à l'aérogare R1, m'enquiers de savoir si un mécanicien de la division Concorde est disponible pour s'installer au poste et assurer le freinage de l'appareil, en cas de nécessité. Je demande au père Vigneron de venir me rejoindre. Ensemble nous rejoignons l'appareil. Je m'installe dans le Paymover en position conducteur. Michel Vigneron me passe rapidement les consignes. Je l'invite à m'accompagner au cas où.
La liaison radio s'établit avec le poste. Cinq minutes après, en sortie de la zone d'entretien, l'attelage emprunte la voie 106, la voie de roulage conduisant à l'escale. Un quart d'heure plus tard, j'ai réalisé ma première mise en piste.
Dès mon retour, je réunis les chauffeurs et dialogue avec eux concernant leurs revendications. Celle-ci sont de deux sortes : demande d'augmentation de salaires liée d'une part à l'augmentation de la charge de travail et à l'utilisation du tracteur Secmafer4 pour les jumbos (B747 et A 300), demande de plus de considération de la part des contremaîtres au moment du départ du hangar pour la mise en piste et lors des remises de sacoches P.N à l'arrivée de l'avion au hangar5. Je m'entretiens de ces revendications avec Noat. La première demande est du ressort de la direction via l'adjoint Relations du travail. Concernant le second point, je fais part de mes observations au sujet de certains contremaîtres, qui font, assez facilement, et parfois de façon irrespectueuse, passer leur tension vers les gens de la manutention. J'ajoute, qu'à contrario, deux chauffeurs en observation suite à comportement parfois douteux, et précise que je n'hésiterai pas à les sanctionner si véritable motif.
Transmise au chef de centre Edouard Bezançon et à Claude David, la revendication des chauffeurs de tracteurs, a été accueillie avec distance. Il est vrai qu'au niveau direction, il n'est pas dans l'ordre naturel des choses d'accorder beaucoup d'attention à ce type de population. Pour ce qui concerne les salaires, réponse négative est donnée aux grévistes. Une suite de petits arrêts de travail a lieu tout l'été. Tous les mouvements avions sont cependant exécutés en temps utile par l'encadrement direct de la manutention (Lebesnerais, Tarrier, les chefs de groupe) auxquels se sont joint Clavel, Raynal et moi-même.
Claude Decroix peut donc prétendre une bonne régularité et une bonne ponctualité des flottes dont il a responsabilité d'entretien, sans pour autant marquer d'une quelconque façon sa moindre satisfaction, à travers moi, envers mon équipe. Si j'en crois Noat, il serait plus favorable à une organisation plaçant tous les services de production sous ses ordres. Il est vrai qu'avec le concours de deux ingénieurs d'entretien.
Quant à Jean Gay, les soucis générés par la prise en compte de Concorde sont tels que je ne suis pas sûr qu'il soit informé des mouvements de grève de la manutention.
Pour ma part, malgré cette mobilisation supplémentaire, pas question de changer quoi que ce soit, au rythme de traitement des sujets, avec désormais des relations plus nombreuses avec Aéroports de Paris. En effet, dans l'attente de la livraison des équipements d'atténuation de bruits (silencieux) destinés, après intervention sur moteur en place avion, aux essais en puissance des moteurs avant remise en ligne, et compte tenu de la protestation riveraine, je dois, chaque fois qu'un point fixe est à faire, saisir l'ingénieur de permanence d'ADP. Alors, au moins une fois par semaine, et le plus souvent avec un interlocuteur différend, il me faut étayer la demande, préciser la plage horaire demandée, m'enquérir du vent dominant pour arriver à arrêter, en zone centrale d'aéroport, une place convenable pour que le bijou de famille puisse être autorisé à émettre dans la nature, ses 118 Pn décibels.
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