AU DELÀ DES BOUCHURES
Juillet mil neuf cent soixante-quinze. Treins est encore directeur du matériel Je reçois ma promotion d'ingénieur principal ainsi que deux autres collègues du CESI, tandis que l'un plus ancien d'entre nous (première promotion) est, à quarante-six ans simultanément nommé chef de la division d'entretien des outillages (DM.LO) et promu ingénieur-en-chef six ans, seulement après sa nomination au grade d'ingénieur principal et alors que, compte tenu d'une pratique connue dont il ne se cache d'ailleurs pas, on le surnomme Johnny Walker...
Les deux collègues qui ont pris la promotion en même temps que moi accèdent à cette promotion avec deux ans d'avance, tandis que le protégé de Treins vient d'atteindre la catégorie supérieure (de trois échelles au pas de quatre ans) en seulement six ans.
Mieux encore, concernant le cas de ce collègue, quand j'en touche un mot à Noat, j'apprends que Treins lui-même, — deux mois avant de quitter son poste de sous-directeur de la direction du matériel (DM), et de prendre le poste de directeur adjoint de la direction des opérations aériennes (DO), et, connaissant bien sûr le nom de son successeur — n'a pas hésité, en fin de réunion des chefs d'organismes (réunion dite réunion JC), de déclarer avoir promu son protégé avant son départ sachant que vis-à-vis de ce dernier, ceux qui viendraient ensuite auraient un avis plus réservé...
J'avoue être un peu abasourdi par cette dernière information. Mais connaissant la détermination de Treins et ayant en mémoire sa déclaration célèbre de sous-directeur (à Air France, ce n'est pas ce que vous faites qui compte, mais c'est ce qu'on dit de vous...), je ne m'étonne pas trop.
Alors, mentalement, je me remémore un certain nombre de situations rencontrées, et d'abord celles vécues au grand entretien, durant laquelle Carriole m'avait avoué qu'à mon âge, il ne pouvait rien pour ma promotion sans que j'ai l'appui d'un syndicat. Je pense également aux différents situations, vécues durant mes années au département Méthodes et moyens de production, événements que j'avais exposés à Kientz, un soir sur le tarmac, en lui faisant part de mes observations concernant le déroulement, parfois curieux, des carrières. Je pense également à d'autres situations dont m'avait parlé Guy Thiriet, en prenant un visage impuissant.
Puis me revient en tête un savoureux télex à large diffusion, de la direction générale, intervenu je crois en mil neuf cent soixante-treize au moment de la crise pétrolière), concernant des nominations à la direction des opérations aériennes. Dans une longue liste apparaissaient un directeur, un directeur -adjoint, des adjoints aux directeur et directeur adjoint, plusieurs chefs de département, avec pour l'un deux, polytechnicien précédent chef de division de la direction du matériel (c'est cela qui avait retenu mon attention), rang à titre personnel de sous-directeur Toutes les informations précédentes me semblent soudain procéder d'un même phénomène...
Avec Noat, les relations sont de plus en plus confiantes et, pour ma part, j'apprécie ce chef. Simple dans ses manières, direct dans son style mais au ton toujours respectueux, vigilant mais ouvert lors d'une discussion de fond, cet homme m'apparaît comme étant en fait un pessimiste actif, honnête, et cultivé qui prend ses responsabilités.
Souvent, compte-tenu des problèmes majoritairement évoqués lors des séances de travail organisées par le chef de centre (logistique, organisation et relations entre organismes, relations avec Aéroport de Paris), il me demande de le remplacer à ce type de réunions.
Et un matin de fin juillet, après avoir pris connaissance des différentes situations dont je lui fais le point, soudain, il s'adresse à moi et assez directement me fait comprendre qu'à ses yeux, j'ai fait mes preuves et, en conséquence, me propose un tutoiement réciproque.
Très touché de cette attention, je le remercie vivement et, en souriant, nous continuons d'échanger, en mode Dominique et Pierre. Le ciel s'éclaircit.
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