Dès l'été de la même année, les mouvements plus nombreux de grève, auxquels se joignent les bagagistes s'étendent à l'escale. La division Avions mobilisée par Jacques Bankir a fort à faire pour assurer les départs, les arrivées et les mouvements sur piste des bagages. Les cadres du centre industriel seront souvent mobilisés pour donner un coup de main soit au tandem Aragnetti/Masson très sollicité, soit au déchargement des bagages.

Les négociations, pour l'instant, n'aboutissent pas.

S'agissant des chauffeurs de tracteurs, sans aucun contact préalable sur le sujet, en plein mois d'août, Noat et moi apprenons que la direction du personnel a débloqué quelques avancements exceptionnels les concernant. Cette mesure concerne deux agents du département dont un, qui pose problème depuis le démarrage de Roissy et à qui j'ai infligé un blâme quelques mois plutôt.... Absence de coordination et décision à tout le moins incompréhensible. Silence de la hiérarchie. .

Par reconductions successives les mouvements se sont prolongés. C'est alors que regroupant tous les moyens d'accès et matériels de piste disponibles, une cinquantaine de grévistes réalisent alors un important et efficace barrage juste en sortie d'aire de circulation devant le hangar H1, interdisant à nouveau l'accès à la voie de circulation 106, et les circulations avions en provenance ou en direction de l'escale.

La situation est désormais tendue et les mouvements des avions impossibles.

Claude David a succédé à Treins comme nouveau sous-directeur de la production. C'est un homme responsable et volontariste. Dès sa nomination, à sa façon, il a d'ailleurs invité l'ensemble de cadres de production à regarder vers le bas et à s'intéresser de près aux problèmes sur le tas.

Jean Luce, nommé à sa demande directeur des programmes, a été remplacé par Max Ravier au commandement de la direction du matériel.

Guy Peltier, nommé depuis quelques mois directeur général-adjoint affaires techniques et Claude David donnent par écrit (document rédigé par David et signé par Peltier), en les dégageant de toute responsabilité, l'ordre aux cadres de Roissy (DM et DK), de participer à une opération nocturne de remise en ordre de la zone visant à libérer les appareils prisonniers. L'opération a lieu un vendredi. Au préalable à cette action, une centaine de CRS a pour mission d'écarter tous les grévistes de la zone concernée.

L'intervention des CRS s'opère heureusement dans le calme. Les grévistes sont évacués en autocar. Ils seront ramenés vers les parkings pour prendre possession de leur véhicule à la fin de l'opération.

Le nettoyage de la zone, le retour des matériels à leur place et la conduite des avions libérés à l'escale demandera deux bonnes heures. Peltier, David, Bezançon et Noat ont assistés à l'opération. Au grand soulagement de tous, l'opération, nécessaire mais pas très glorieuse se termine à une heure du matin.

Durant le week-end et le lundi suivant, au hangar, le travail reprend dans le calme. Quinze jours plus tard, la réunion avec les délégués du personnel, conduite aimablement par Noat, en présence de Decroix et moi, se déroule dans le calme. Un délégué CFDT va même jusqu'à nous féliciter, à sa manière, de notre comportement :

« Même si on n'est pas d'accord avec vous, on est bien forcé de reconnaître que vous en avez eu dans le pantalon... »

Un certain nombre de cadres, plus rarement parmi mes collègues du CESI, ne sont pas d'accord sur le fait de se substituer aux grévistes. Je trouve leur position tout à fait respectable.

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