AU DELÀ DES BOUCHURES
Je lui confirme que pour le métier, il faut des gens capables et responsables. Gabin acquiesce de la tête par une moue d'appréciation positive et enchaîne :
« C'est pas comme ce con qui prétend nous diriger (il vise le metteur en scène...). Heureusement que je sais me diriger moi-même... d'ailleurs je dois dire qu'il ne m'emmerde pas... il laisse faire... »
À onze heures trente, tous les jours, la longue Mercédès du producteur Beytout s'approche et emmène Albert Quentin, — ancien marin de Chine, retraité qui tient l'hôtel Stella à Tigreville — un désormais singe en hiver, déguster le plateau de fruits de mer, accompagné d'un frais et délicieux gros plant au restaurant du rez-de-chaussée de l'aérogare R1.
En fin de journée, je l'invite à visiter Concorde. Arrivé au poste de pilotage, après avoir observé tous les cadrans et le volume disponible pour l'équipage, Gabin libère son impression :
« Ben merde alors, c'est curieux, je n'en reviens pas de voir ça... il n'y a pas plus de place que dans un sous-marin dans cet avion ...!
J'ai raccompagné « le vieux » à sa voiture. J'avais bien aimé ces courts moments passés avec lui.
La régulation a reçu le message peu avant huit heures du matin. Un Boeing 707C (cargo) a été accidenté à l'atterrissage sur l'aéroport international de Guayaquil. Port situé au nord de la côte pacifique sud, capitale économique de l'Équateur, Guayaquil a une forte activité de fret.
Suite mauvais temps et pluie diluvienne, l'appareil, en freinage, est sorti de piste à l'atterrissage. Gestionnaire technique DM.QR. Affaire rapidement analysée. Dès neuf heures trente, les dispositions générales sont arrêtées avec la régulation centrale d'AF, DT-HU : Une opération dite de relevage avion — qui relève de la compétence de la Subdivision d'entretien des outillages au sol (DM.QO), nécessite l'usage de plusieurs ballons et mise en œuvre par du personnel spécialisé de l'organisme cité — et, au minimum le remplacement du train principal droit (fourni par DM.LQ, la division de révision des équipements d'Orly) et les essais de trains au sol — travaux de compétence DM.QR, sont à exécuter. L'embarquement des matériels (ballons de levage, vérins de trains avions, train sur chariot, kits outillages divers, caisses à outils personnelles) et du personnel des deux unités concernées, est prévu sur le vol B 747 assurant la liaison Paris-Rio de Janeiro, départ 22 heures cinquante le soir même à CDG. À Rio, dès arrivée du vol AF, transfert du matériel dans un B 707 cargo de la Pan Am assurant la liaison Rio-Guayaquil. Vol passagers KLM pour les équipes. Point supplémentaire, les agents en mission, sensés dormir en vol, entre Paris et Rio, afin de se mettre au travail dès arrivée à destination, voyagent en 1ère classe.
Un contremaître (en fait un en horaire du matin, un en horaire du soir) au titre de la division QR en liaison avec le Service Assistance Technique à la Production ont désigné les agents prévus pour la mission (contrôleur chef de mission, 1 metteur au point, 3 mécaniciens avions et 1 mécanicien équipement ) et vérifié les formalités sanitaires exigées par l'Équateur, idem pour le responsable production de la subdivision QO qui a désigné un chef d'équipe et cinq compagnons pour conduire le relevage de l'avion., Roger Clavel pour déclencher et suivre la préparation et l'envoi des matériels au fret, Lucas pour la coordination des dispositions avec la régulation centrale, ont passés la journée sur le sujet. À 18 heures, tout le matériel est réuni au fret. Près de neuf tonnes de matériel au total. Clavel et Lucas, fatigués nerveusement mais satisfaits de l'aboutissement de la première étape de l'affaire me confirment que tout est OK. Je les remercie et les libère et leur confirme que je reste une heure ou deux, à côté des régulateurs de vacation, au cas où.
Un peu avant 20 heures, le chargement se déroule sans problème. Je décide de rentrer.
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