AU DELÀ DES BOUCHURES
Retour de nuit paisible sur l'autoroute. Je suis détendu après cette journée qui a vu, une fois de plus l'efficacité du travail en commun de gens rompu aux exigences du petit entretien des avions et au traitement des aléas de l'exploitation. Et ça roule bien. À huit heures quarante-cinq, je suis à la maison. Petit souper tranquille et information synthétique à mon épouse qui m'interroge en précisant que je ne lui dis jamais rien. Vingt et une heure cinquante, je passe mon pyjama.
Dring... dring... Je décroche. C'est le commandant de bord du vol à destination de Rio, qui a eu mon numéro par le régulateur du hangar.
« Bonsoir monsieur Manigault. C'est le commandant.... J'ai besoin de vous pour régler le problème suivant : l'avion est complet en toutes classes économique, affaires et first, j'ai trois passagers de première classe, clients réguliers d'Air France qui ne peuvent embarquer et avec les pleins carburant au maximum pour ce type de vol, j'ai plus d'une tonne de surcharge. Que pouvons nous faire, sachant que je ne peux même pas déclasser vos gens en classe affaires »
J'utilise mon logiciel « gamberge max » et répond sans trop tarder :
« Bonsoir Commandant... Je pense qu'il convient de ne pas déshabiller l'équipe du hangar, donc pour vous libérer trois places en première classe, je retiens de se séparer de trois des cinq mécaniciens de l'équipe de désembourbage de l'avion. Pour cette première et importante intervention, qui demande environ six heures, on demandera de l'aide sur place, ou trois mécanos avions donneront le coup de mains nécessaire et, s'il est disponible, on utilisera le mécanicien d'escale. Je choisis de ne pas nous séparer des mécaniciens avions, car comme la prochaine liaison demande d'attendre au moins trente-six heures, ça me paraît la moins mauvaise solution pour ne pas perdre de temps.
Quant au gain de poids, si vous avez près de vous le gars du chargement et la liste des colis et des matériels, avec le poids de chaque envoi concernant ce dépannage, il me semble qu'en se privant du vérin de train avant et des caisses à clous des trois compagnons débarqués, on devrait gagner autour d'une tonne. Sous réserve de votre avis, ça pourrait suffire pour le décollage... Si vous acceptez la proposition, pour la manip, votre seul interlocuteur du détachement, c'est le contrôleur chef de mission qui peut m'appeler si appréciation différente ou observation. Concernant le vérin de train avant, dites au contrôleur que je fais envoyer un message pour en trouver un à Guayaquil ou en faire parvenir un à Guayaquil, en l'empruntant à l'escale de Rio. Enfin, si vous le souhaitez, je peux vous rejoindre à Roissy, mais l'heure tourne ...»
« Bon. Alors, je récapitule.... … écoutez, tout ça me paraît jouable. Non, non, ne bougez pas et même aller dormir, je vous rappelle que si véritable difficulté, mais je dois pouvoir arranger le coup et partir avec un léger retard. Allez, je pense que tout ira bien, je vous remercie, m'sieur Manigault, et je vous souhaite bonne nuit... »
« Et moi, bonne chance et bon vol commandant. »
Le lendemain, en arrivant au hangar, j'apprends que le commandant a choisi de décoller à l'heure, sans faire déposer le vérin. Bravo commandant et ouf...!
Mais, à neuf heures, alors que je viens de rendre compte de la situation à Noat, en présence de Robert Lucas, les délégués du personnel de la subdivision à laquelle appartiennent les trois agents débarqués sur ma consigne. Je les reçois sur le champ. La discussion démarre vivement, allant jusqu'à évoquer la mise en cause de l'honneur des personnes, blessées par leur débarquement de la 1ère classe... et, moyennant trois quarts d'heure d'échanges, on finira par se mettre d'accord sur les attendus du problème et le choix opéré.
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