Le gad'zard Gilles Decroix quitte la division avions du département pour aller prendre le commandement d'un service de la direction des programmes dont Jean Luce est directeur. Sur le plan travail, nos relations furent bonnes et l'estime réciproque. Seule anicroche, le jour où il est venu, avec un air convaincu, me demander de sanctionner un chauffeur, qui, sur l'aire de point fixe, reculant son tracteur pour se positionner devant le B 747 à conduire à l'escale, a écrasé la valise du banc Rochar, outillage coûteux, utilisé sur réacteur durant les essais lors du point fixe. Devant telle audace, manifestée d'un air qui se veut innocent, je lui ai simplement demandé pourquoi cette valise avait été placée, par un mécanicien juste derrière la roue arrière gauche du tracteur, au lieu d'être rangée dans la camionnette des mécanos. Decroix en retiendra que mes réactions peuvent être vives devant les tentatives injustes. Il est remplacé à son poste par Jean Miquel, ingénieur sup'd'aéro.

En ce début 1977, Noat, confidentiellement, m'apprends qu'il va quitter le commandement du département pour aller prendre, à la direction du transport, la responsabilité de l'importante escale de Roissy. Je lui fais part de mon vrai regret. Concernant son remplacement, il m'annonce que le nom de de Féraudy est déjà prononcé.

Max Ravier, discret directeur du matériel ayant succédé à Jean Luce a convoqué, en réunion à Roissy, tous les cadres supérieurs de la zone industrielle. Motif officiel, faire connaissance. Plus subtil motif, compte-tenu d'un mouvement de grève possible, prendre notre avis sur l'opportunité d'une sanction concernant un mécanicien sur Concorde, auteur d'une vraie faute professionnelle. La parole est donnée à chacun d'entre nous.

Alors, les exercices de voltige commencent alors. Précautionneux de tous poils, petits malins, faux-culs, se succèdent avec talent. Arrive mon tour.

« Monsieur le directeur, je conviens que la dimension sociale et les risques de grève, en particulier en ce qui concerne Concorde, posent un grave problème et, en plus, ne connaissant rien à l'affaire, je ne peux juger de la faute, mais ce que je souhaite, c'est qu'en fin de compte, il n'y ait pas que les manœuvres et les ouvriers spécialisés qui reçoivent des sanctions »

Par cette observation un peu caustique, moi qui ait dû sanctionner plusieurs chauffeurs, je viens de commettre une faute en faisant une allusion un peu inattendue à mon directeur.

Roger Clavel rejoint son bureau, voisin du mien, accompagné de Louis Raynal. Les deux personnes inséparables, qui depuis trois ans et demi n'ont jamais failli dans leurs tâches, reviennent à pas mesurés, de la cantine, où après repas pris, ils ont dégusté leur café. J'échange quelques mots avec les deux que je connais de longue date.

Raynal prend un air entendu et esquisse un sourire :

« Au fait, tu sais comment ils vous appellent, Noat et toi, les gus du hangar, quand vous marchez ensemble en revenant de la cantine ? » 

« ......, ben non. »

« Tiens, voilà Mannix et l'homme au sourire qui tue...! » 

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