DÉPARTEMENT ENTRETIEN AVIONS DE ROISSY-CDG. (1/2)
Chef des services production puis division production.
Toute récente zone industrielle de Roissy. Hangar H1. (Octobre 1974/ juin 1978.

Mannix ! Finalement, ce nom du personnage de détective supposé au grand cœur, de la célèbre série télévisée américaine, me convient. Je pense que ce surnom m'a d'abord été donné parce qu'en accord avec les deux premières syllabes de mon nom. Peut-être, à l'époque, une allure générale voisine au physique ? Par ailleurs, le côté détective dans la façon d'aller au fond des questions intéressant un problème ou une situation ? Et puis Peggy, ajoutent les « malfaisants » ! On peut tout imaginer... Allez savoir ce qui se passe dans la cervelle des gens...!

Lors d'un moment de détente, j'ai évoqué auprès de Noat « l'homme au sourire qui tue... », formule employée à son endroit, sans hostilité, dans le hangar. Dans un premier temps, cette appellation l'a interpellée. Puis objectivement, après m'avoir confié avec un demi sourire, qu'il n'avait jamais eu vent de cette sorte d'oxymore, il a fouillé dans ses souvenirs, et s'est souvenu des contacts, souvent proches et caractérisés qu'il avait avec les compagnons alors qu'il était chef de la subdivision B 747. Lors des visites journalières, chaque fois qu'il y avait un équipement dont le remplacement dans les délais de visite posait question, il s'adressait au compagnon en charge du travail et lui demandait le délai jugé nécessaire à l'intervention. Le compagnon, prudent comme il se doit, prenait une marge de sécurité. Alors Noat, — calme, attentif, presque bienveillant, acquiesçant à l'évocation de telle difficulté —, écoutait les explications de l'agent. Mais au moment de quitter le mécano, Noat tout en souriant aimablement, rompait le charme de l'entretien en portant à la connaissance de l'intéressé, qui évoquait une tâche d'une durée de tant d'heures, une conclusion quasi imparable du genre :

« Je sais que vous avez déjà fait le travail en quatre heures, alors je compte sur vous pour ne pas me décevoir en mettant six heures... »

« Je sais que vous êtes un très bon compagnon, alors je vous fais confiance. Remplacez moi cette vanne de démarrage en vingt minutes, car ensuite on doit faire un essai moteur... »

Ce petit jeu que Noat avait affectionné, était né du temps militaire, au sujet duquel il avait retenu (sic) « qu'il fallait mieux passer pour un méchant con plutôt que comme un pauvre con ! »

Les mouvements de cadres, au pas de quatre ou cinq ans, participent de la politique du directeur général-adjoint, affaires techniques, Guy Peltier et visent à faire « tourner » cette population, avec pour les uns, objectif de leur faire connaître des secteurs clés de la compagnie dans le cadre d'un plan de carrière, pour les autres de combler au gré des ans les postes qui se libèrent, et, pour d'autres encore, disent des mauvaises langues, pour casser des équipes trop soudées ou — en se remémorant la façon dont l'ancien chef du centre de révision des moteurs de Courbevoie avait fort résisté au directeur Jacques Sherrer concernant l'implantation à Orly du département entretien moteurs — à éviter l'établissement de fortes personnalités dans tel ou tel organisme. Cette politique souffre cependant de notables exceptions. Par ailleurs, quand on compare les postes (nombre de postes et difficultés de ceux-ci) tenus par ceux qui arrivent au rang de directeurs, on découvre des différences surprenantes.

En ce printemps mil neuf cent soixante-dix-sept, Decroix a été remplacé par Miquel qui est désormais assisté de Bernard Pourchet et Jean-Claude Johannet comme ingénieurs d'entretien (Alexandre est nommé chef de la représentation des achats de New-York, et Foucrey est allé prendre un poste dans une compagnie africaine) et Noat va l'être par de Féraudy.

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