Parmi mes occupations, il y a celle de recevoir des groupes de clients importants. Ce sont, le plus souvent des présidents de sociétés ou des hommes affaires, passagers contributifs (usagers de la première classe, abonnés et membres du club de la classe affaires) qu'Air France convie pour une journée, afin de les informer des procédures et moyens mis en œuvre pour la sécurité et le confort des vols et du traitement des situations rencontrées. Environ tous les deux mois, je reçois un groupe d'une douzaine de personnes, conduits par des cadres des services commerciaux ou des relations extérieures. Informé en temps utile, je vais les accueillir, en sortie de leur autocar Air France, dès leur arrivée en zone industrielle. Après une visite du hangar et de ses installations, une visualisation des appareils, je les retiens en salle de conférence et leur développe les règles et procédures intéressant l'entretien des avions. Suite à cette présentation générale, je demande aux participants de bien vouloir poser les questions qui leur viennent à l'esprit concernant le maintien en bon état de vol des coûteux moyens de transport que sont les avions commerciaux. Je prends alors quelques notes et réponds ensuite aux questions par un long développement envisageant diverses situations vécues sur différents types d'appareil. J'insiste sur l'obligation de respecter les procédures à appliquer et sur l'impératif premier et intangible de la sécurité, rappelle nos objectifs de régularité et de ponctualité. Je fais apparaître, chaque fois que possible, le raisonnement économique qui participe à telle prise de décision, met en évidence la nécessité d'un ordonnancement précis dans la succession de toutes les interventions, et insiste sur la qualité de l'information (en amont et en aval), en particulier, concernant la conduite, parfois complexe, des dépannages en escale. Au total, j'insiste sur le fait que la qualité du produit offert aux passagers et la réussite de notre entreprise dépend en premier lieu de la qualité de nos prestations et des garanties ainsi offertes aux passagers.

Cet échange, illustré des expériences vécues, au propos mis progressivement au point au fil des mois, semble intéresser vivement un auditoire de qualité, constitué d'hommes et de femmes PDG ou hauts responsables d'entreprises. Les services commerciaux découvrent soudain un domaine dont ils ne soupçonnaient pas la complexité et la richesse humaine. Et les lettres de remerciement adressées au Chef de centre témoignent de leur intérêt et de leur satisfaction.

La salive un peu réduite en bouche, et les guibolles aux mollets moins sûrs que d'ordinaire, je suis un jour, en mission d'accueillir, accompagnant un groupe de personnalités appartenant à l'industrie et à la politique, monsieur Gilbert Pérol, directeur général de notre compagnie de 1974 à 1982.

Depuis mon entretien avec Émile Lucas, je n'ai aucune nouvelle concernant ma future affectation, laquelle est prévue pour l'année prochaine. Je demande alors à Noat de déclencher une Fiche d'Orientation et Carrière (FOC), me concernant. Ce document, avant une appréciation au premier et second degré de la hiérarchie, permet à l'intéressé de mentionner l'orientation souhaitée, et les postes éventuellement envisagées. En page deux du document, j'argumente de façon à bien faire comprendre à ma hiérarchie que l'expérience acquise, depuis plus de vingt ans, ne me destine pas au poste de chef d'atelier du département moteurs. Noat a la délicatesse de m'informer de ses appréciations avant de remplir, en ma présence, le cadre réservé au premier degré. Notations favorables. En dernier lieu, chose très importante, il confirme mon aptitude à la catégorie supérieure (ingénieur-en-chef ) dans les cinq ans. Je le remercie, mais regrette qu'il n'évoque aucun poste de nature à aller dans le sens de cette promotion. Je devine qu'il sait qu'à son niveau, il ne peut pas prendre, par écrit, position qui n'aurait pas l'aval des échelons supérieurs, et que toute décision de carrière procède, au moins, du niveau sous-directeur. Et puis, il me reste à connaître l'avis, précis ou non, qui sera donné, par écrit, par le second degré, le chef ce centre, Édouard Bezançon. Noat, ajoute un dernier commentaire verbal qui vise discrètement à me faire comprendre que certaines personnes, d'après ce qu'il entend, me jalousent. Mais, je n'en saurais pas plus.

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