Dès écoute des premiers mots de l'appelant, le sourire épanoui, pleinement heureux, qui éclaire le visage de l'appelé, suggère proximité, amitié, voire une certaine complicité avec son correspondant.

« … ? »

« Oui, plus exactement, chef de département, co-adjuteur chef de centre avec droits de succession »

« … ! »

« Merci, oui, c'est gentil, Je te remercie. Oui... au revoir... À bientôt... »

Mon chef se rassied. Son sourire cède la place à un air entendu et sûr de lui. Il m'assène un dernier coup :

« Et après, si tout va bien, ce sera la direction du personnel... »

Et les confidences, ni recherchées, ni attendues continuent, comme pour confirmer, mieux encore, l'exceptionnelle situation du successeur de Noat :

« Dès connaissance de ma nomination, à Roissy, je n'ai pas manqué de rendre visite à Ravier et à Treins pour soigneusement les remercier.... (fin sourire de nouveau)
D'ailleurs, je vais devoir vous quitter, car je me dois, sans tarder, d'aller présenter mes civilités à monsieur Bezançon, notre chef de centre. Je le connais de longue date, puisque, comme vous devez le savoir, j'ai commencé ma carrière au centre de révision moteurs de Courbevoie...
»

C'est de cette façon, pour moi aussi époustouflante que révélatrice, dans la plus totale aisance, la mine réjouie et l'esprit empli de l'assurance de puissants appuis, que Gérard, ci-devant marquis de Féraudy, vient, en ma présence, de prendre possession de son fief industriel de Roissy.

En plus de me laisser quelque peu pantois, cette conversation me trouble beaucoup et me suggère un personnage, qui sous couvert de confidences, a semblé vouloir m'impressionner.

De Féraudy s'installe avec intelligence et tact dans son nouveau commandement. Ses relations avec l'ensemble du personnel sont bonnes et les activités au hangar se déroulent dans une ambiance assez agréable. Miquel chef de division DM-QR et Steiner responsable technique, qui dialoguent souvent avec lui au sujet des moteurs « chauds » l'ont familièrement « baptisé » Def.

Principale observation, le chef qui tient à sa réputation, veille à apaiser tout conflit potentiel.

Alors que je proteste, en les traitant d'organe bien connu, contre les gens d'Alitalia, — gestionnaires en permanente difficulté pour livrer dans les délais les équipements dont ils ont la charge au titre Atlas, et qui m'oblige à déclencher des prélèvements sur avions2 — de Féraudy me recommande calmement de retenir mes insultes, et devant mes justifications et mon questionnement, me précise avec esprit « compte-tenu du nombre de nécessiteux ».

Devant Miquel, qui n'a pas l'intention de proposer à l'avancement un délégué CGT journellement ergoteur et peu actif au travail, et se débat comme un bon diable en défendant ses convictions, Def, chantre de la paix sociale, livre, durant un après-midi entier, un assaut diplomatique d'envergure et finalement convainc, un Miquel désarçonné et contraint d'avoir à lâcher prise.

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