Fin mai mil neuf cent soixante dix-huit, en compagnie de Jacques Laumondé, chef de la régulation centrale d'Air France (DT-HU), mission à Moscou, auprès des autorités soviétiques, avec pour objectif, dans la perspective de desservir cette capitale avec l'Airbus A 300, de négocier les autorisations et conditions d'un éventuel changement réacteur d'Airbus à l'escale de Chérémétiévo, Sont concernées les autorités de tutelle russes et les autorités aéroportuaires moscovites. Ma participation intéresse le seul domaine technique : procédures de transport des réacteurs (neuf et démonté), entrés d'air, et totalité des outillages, documents de travail, effectif et chef de mission, hébergement du personnel en mission, essais moteur sur avion, liaison avec le gestionnaire technique de la flotte. Laumondé, inspecteur-en-chef, rompu à ce genre de négociations, doit conduire les entretiens intéressant l'ensemble des dispositions. Contacts en langue anglaise.

Dès notre arrivée à l'aéroport international de Moscou, nous sommes reçus par le représentant d'Air France, qui après confirmation détaillée de notre mission, nous informe qu'une première réunion est prévue dès le lendemain onze heures. Une voiture viendra nous prendre à l'hôtel.

Sobre, prudent et aimable, notre correspondant nous indique ensuite « comment ça marche ici … ». Comme il se doit, la représentation, qui comporte une majorité de personnel russe, est en permanence espionnée. Un groupe de trois soviétiques, bien évidemment membres du Parti, est chargé de cette mission. Sous réserve d'avoir bien tout compris, le chef du groupe travaille comme bagagiste à l'escale. Au niveau de la représentation la secrétaire du représentant est chargée de suivre l'ensemble des activités, tandis que c'est le chef du service financier qui est chargé de surveiller le patron de la représentation et de transmettre les informations à sa hiérarchie. Compliqué tout ça !.

Hôtel Métropole. Ici, sur sept étages, sont logés les étrangers. Devant l'imposante entrée, de chaque côté, un sosie d'Yvan Rebroff, posant chacun un regard composé sur les rares arrivants. Au bureau d'accueil, la procédure est simple. Simple, souriante et longue. Plusieurs fiches à remplir. Dates de naissance et/ou de décès des parents, des frères, des sœurs. Les passeports « seront conservés ici, jusqu'à votre départ »

Au troisième étage, sur le palier, un homme, deux femmes, assis autour d'une table, nous accueillent — ou plutôt nous observent attentivement... — et prennent possession d'une des fiches remplies au bureau d'accueil. Puis, ils nous communiquent, par écrit, les numéros de deux chambres distantes d'une vingtaine de mètres. Devant notre surprise et notre échange de regards, le trio sourit. Valise à la main, Laumondé et moi nous séparons. Rendez-vous dans deux heures au restaurant de l'hôtel.

Tristement éclairé, le restaurant en sous-sol, comporte une trentaine de table. Trois personnes sont déjà installées. Avec nos deux arrivées, le temps de notre repas, la clientèle ne dépassera pas cinq personnes. Air embarrassé de la personne en charge du restaurant d'état. Pas de carte mais menu unique. Une simple soupe à la betterave (bortsch de chaumière), sans viande mais au choux bien cuisinés, suivie de petits filets de harengs accompagnés de crème aigre avec deux tranches de Darnisky (pain de seigle noir) nous sont seuls proposés. À quatorze heures on se régalait en première classe, eh bien ce soir comme dit la môme Nina, c'est la Bé ré zi na !

Le lendemain matin, avant de partir à notre rendez-vous, le bureau d'accueil nous informe d'avoir à régler ou de refuser deux places réservées, pour ce soir 18 heures au Bolchoï. Prix très favorables. Acceptons de bon cœur.

Onze heures. Un ensemble de bâtiments qui donne l'impression d'une caserne. Sommes introduits dans une pièce d'une quarantaine de mètres carrés. Deux personnes, assises à leur bureau, se lèvent pour nous recevoir. Celui qui prononce un dobrii dien suivi d'un très british good morning sirs pour nous accueillir, et qui seul échangera avec nous durant l'entretien, crâne rasé, a le regard inquiétant d'André Pousse jouant le rôle de flingueur (Marcel Lurat dit quinquin) dans le film Le pacha. L'autre silencieux et sourire niais trompeur, rappelle le personnage de Mister Bean.

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