Après exposé des motifs de notre visite, liée à l'objectif Air France de desservir Moscou par avions Airbus A 300, fait par Jacques Laumondé, je rappelle la nécessité de pouvoir réaliser certains travaux en escale, y compris éventuellement un remplacement de réacteur. J'indique que la desserte sera opérée en A 300B2, ultérieurement A300 B4, et que les réacteurs envisagés, de fabrication américaine sont de type General Electric CF 6 50C et CF 6 50 E. Je précise que ce type de moteur peut être transporté entier ou en deux parties (version « splitté »). Je propose de lui remettre tous les documents y compris la fiche analytique définissant le remplacement du réacteur. À cet instant trois militaires de haut rang pénètrent dans la salle. Présentation : deux colonels et un capitaine. Les trois « breloqués » (25 à 30 médailles chacun) au visage jovial, épais et raviné de porteurs de toasts, nous secouent vigoureusement la main et le bras, et prennent connaissance de documents. La porte s'ouvre à nouveau. Un militaire se présente, verres et bouteille de vodka sur plateau usagé. Imposée par le réacteur américain, l'amitié sovieto- française est célébrée trois fois avant de rejoindre, les oreilles rouges et l'estomac en feu, un mess au buffet bien garni.

Très beau spectacle, petit buffet et très bonne soirée au Bolchoï. Bravo tovaritch !

Pas d'autre réunion prévue, nous indique le représentant d'Air France, vos interlocuteurs semblent totalement satisfaits de vos explications et des documents remis.

Alors, notre guide nous conduit au GOUM, le plus grand magasin d'État de Moscou. Sur les stands le personnel souriant est à son poste. Il ne manque que les victuailles … dont le stock doit être reconstitué demain ou après-demain. Au stand de la boucherie, ou les bêtes abattues sont découpées en morceaux à la scie, il ne reste plus qu'une tête de veau qui semble attendre Chirac. Notre guide nous rassure, les magasins réservés à la nomenklatura, certes moins accessibles en prix, demeurent très bien fournis.

Le lendemain nous récupérons nos passeports, filons à l'aéroport, accédons sous douane au duty free et achetons, à prix convenable, une boîte de Beluga. Lors du vol de retour en B 707, le repas de première classe est fort apprécié.

Dès mon affectation à Mautaudran connue, de Féraudy, toujours apparemment intéressé par mon devenir, n'est pas resté inactif. Prévost et lui, à tu et à toi, sont de vieilles connaissances et, d'après les restitutions de mon chef, ont, par téléphone, abordé le sujet en long et en large. D'ailleurs, de Féraudy, avec en coin, un sourire de connaisseur, ne se prive pas de me parler d'une conversation portant sur ma personne et de me répéter la dernière phrase de cet échange avec son ami Prévost.

« Parlant de vous, ( NdR : certainement suite au tableau peint par Prévost concernant la situation au centre de Toulouse), j'ai dit à Prévost, que compte tenu de l'attitude d'Oziol, et connaissant votre tempérament, vous ne manqueriez pas d'occuper tout l'espace disponible.... »

Devant cette conclusion, je m'autorise un éclat de rire suivie d'une modeste dénégation. Mais au delà de cette réaction, je continue de m'interroger sur la situation. D'une part, de Féraudy, protégé de Treins, vient de me dire à haute voix qu'Oziol, copain de Treins qui l'a nommé à Toulouse, — avec pour seul objectif d'y prendre discrètement sa promotion d'ingénieur-en-chef hors classe —, à bien peu des qualités qui correspondent au poste et d'autre part, il oublie de me parler des raisons pour lesquelles, son ami Prévost, va quitter son poste et la compagnie à cinquante-quatre ans.

Je m'interroge de plus en plus, cherche à faire le lien entre toutes les déclarations faites par de Féraudy, me concernant et d'une façon générale d'où vient et à quoi rime son attitude à mon égard.

J'en arrive à penser qu'il ne m'apprécie pas beaucoup.

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