Dès la seconde semaine de juin, les choses s'accélèrent. Le 9 juin, moment sympathique et bon enfant. Les cinq cadres et les quatorze agents de maîtrise de mon équipe m'offrent un cadeau accompagné d'un dessin montrant un passager conduisant une charrette tiré par un bourricot au galop fonçant vers Toulouse. Louis Raynal a ajouté sa touche personnelle en ajoutant une chemise bleue dont la page d'ouverture est ornée d'un berceau habillé à l'ancienne d'un joli tissu. En page intérieure, sur le retour inférieur de maintien des feuillets, un bande blanche, collée, sur laquelle apparaît l'inscription suivante : … parce que Toulouse est le berceau... de l'aviation ! (j'ai toujours conservé cette chemise qui renferme depuis 1983 les papiers d'achat de ma maison). Les Peggies du secrétariat, à n'en point douter attristées à l'idée de perdre Mannix, lui offrent le dernier Quid en date, accompagné d'un mot très gentil, signé « ces dames du casino... » !

Le jeudi quinze juin, au second étage du bâtiment de commandement, en présence de Kientz, de Bezançon de Noat et de de Féraudy et d'environ trois cents personnes invitées, c'est mon pot de départ. À cette occasion, je prononce un discours, volontairement éloquent, sur la fonction de petit entretien avions, ses spécificités, ses exigences d'organisation, la qualité de son personnel d'exécution et dit ma satisfaction d'avoir été de l'équipe qui a participé à cette belle aventure que fût le démarrage de Roissy. Applaudissements, puis félicitations de Kientz, qui ajoute n'avoir pas compris que je ne dise pas un mot sur mon affectation à Toulouse... Sacré Kientz, si valeureux et parfois si boy scout, qui a déjà oublié une des conditions de mon affectation à ce poste, et qui ignore toutes les conversations et commentaires que de Féraudy a, de sa propre initiative, eut à mon sujet, avec son copain Prévost, que je dois remplacer à Toulouse.

Le lendemain, je me présente au chef de centre et, après l'avoir remercié pour l'organisation, un peu inquiet lui indique être venu payer l'addition. Toujours sobre, le père Bezançon, m'indique alors que le centre prend, dans ce cas, l'affaire à son compte. Surpris, je le remercie chaleureusement, puis nous échangeons quelques mots. Je lui fais part de mes soucis concernant Toulouse. Il me dit être au courant. Soudain, l'ancien sup'd'aéro, à un an et demi de la retraite, se laisse soudain aller :

« Ah ! Une carrière, il y a parfois des situations difficiles. Même pour moi, vous savez, je sais que beaucoup de choses auraient été facilitées, si j'avais été franc-mac...! »

Le vendredi vingt-trois, dernière journée au petit entretien. J'ai demandé à de Féraudy de bien vouloir assister à ma dernière réunion avec l'encadrement de mon unité, à laquelle j'ai convié mon remplaçant. Je développe de nouveau les caractéristiques des activités des services de production et met l'accent sur la nécessité de servir le métier par un travail en commun, en répondant certes aux exigences du moment mais aussi en intégrant l'expérience vécue et en la traduisant, chaque fois que possible sous forme de dispositions matérielles ou d'informations pratiques à intégrer dans les notes de service Production. Je saisis le classeur, le montre à mon successeur et lui suggère de les lire pour s’imprégner des domaines concernés. Je précise, en souriant, que contrairement aux habitudes gouvernementales ces notes « qui font lois du travail journalier », d'esprit essentiellement pratiques, renferme les modalités d'application et doivent faire l'objet d'un suivi de validité avec, chaque fois que nécessaire, nouvelle émission de type « annule et remplace », par les responsables mentionnés pour chacune d'entre elles.

Et puis vient le moment de dire au revoir à mes collaborateurs et de les remercier pour toutes les tâches accomplies ensemble. Je mets en valeur leurs travaux les plus méritants, l'efficacité d'un véritable travail en commun, et rappelle la nécessité d'une information fiable

Pour moi, au delà des mots, c'est un véritable moment d'émotion, qui devrait faire comprendre à de Féraudy que le peut-être bon élève n'est certainement pas un mauvais camarade.

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