Inspecteur-en-chef, âgé de cinquante-quatre ans, — bouille ronde, traits fins, front dégarni, naturel avenant mais attention en éveil et méfiance du regard atténuée par quelques sourires appréciant la satire —, syndicaliste cadres-FO, franc-maçon notoire, copain de de Féraudy, occupe à Montaudran, depuis dix-huit ans, le même poste, avec — je le verrai indiqué sur le premier organigramme du centre porté à ma connaissance — niveau de poste « catégorie VI », chef de centre intérimaire et rang de directeur-adjoint !

Membre agréable du jury en charge d'apprécier ma soutenance de thèse, je le salue cordialement et, d'emblée, lui propose de nous tutoyer. Il accepte et, aimablement, m'invite à m'asseoir à la table perpendiculaire à son bureau. Immédiatement, je mets la conversation sur l'essentiel :

« Bon, j'arrive à Toulouse pour te remplacer, sans n'avoir rien demandé... Tu pars pour des raisons que j'ignore, et dont personne ne me parle... La seule chose qui m'a été demandée est de refaire fonctionner correctement la production... Alors, s'il te plaît, éclaire-moi un peu … »

« On m'a invité à prendre un poste à Orly, mais à mon âge, je n'ai pas l'intention de bouger … J'ai ma petite ferme dans le Gers... Je t'inviterai peut-être un jour..., à voir le cadre, tu comprendras que je ne sois pas disposé à tout quitter... pour la région parisienne ! »

Tout en échangeant avec mon interlocuteur, je fixe deux enveloppes positionnées en tête de table à un mètre de mon regard. L'une porte le cachet du Sénat, l'autre celui du ministère du transport et de l'Aviation civile. Amusement et mouvement de menton d'un Prévost sûr de lui :

« Tu peux les lire si tu veux … »

Ma curiosité l'emportant, je prends successivement connaissance des sympathiques courriers du Frère André Méric, sénateur de Haute-Garonne, Vice-président du sénat et de Joël le Theule, gaulliste et compétent ministre des Transports de Giscard d'Estaing. Lecture, exclamation de ma part :

« Et avec toutes ces recommandations, tu n'es pas arrivé à rester à Toulouse... ? »

Silence et mouvement désabusé de Prévost. Puis attaque diagonale de ma part :

« Bon, avec Oziol, j'ai bien noté qu'il y avait un froid …, et avec Crivois (sous-entendu avec le Frère Crivois), comment ça va ? »

Mouvements d'épaules, masque de rejet, et réponse hachée de mon interlocuteur :

« Pouh... Oziol, chef de centre ? … moi qui ai connu Cazenave.... Quant à Crivois, ah ! celui-là, il ne pense qu'à sa tranquillité et à son intérêt … »

Prévost m'invite à faire le tour des hangars et ateliers, et sans trop s'attarder avec des gens qui ne sont pratiquement plus sous son commandement, me présente successivement François Thuillier, ingénieur sup d'aéro à la tête de la subdivision avions, puis Jean Armaing, inspecteur principal chef de la subdivision ateliers généraux et proche de la retraite, Pierre Bacconnier, ingénieur CÉSI que je connais déjà, son futur remplaçant (actuellement en charge du transfert à Montaudran de l'activité de révision des moteurs Dart), et enfin Parouffe Henri, ingénieur CÉSI que je connais également, chef de l'atelier de révision des équipements

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