AU DELÀ DES BOUCHURES
Déjeuner avec Prévost dans un petit restaurant du quartier Montaudran. Addition partagée. Prévost m'informe qu'habituellement il n'est pas libre et que je devrais soit pratiquer la cantine, soit déjeuner au-dehors. Il ajoute qu'Oziol et Crivois déjeunent souvent à l'Escarbille, restaurant de grillades situé à Montgiscard.
Durant le repas, Prévost demeure fermé, se contentant de réponses banales et montre des réticences à me parler de sa situation. Je mets alors la conversation sur les liaisons téléphoniques qui ont eu lieu entre de Féraudy et lui, et m'inquiète de l'intérêt de mon précédent chef concernant mon mouvement à Montaudran. Le visage de Prévost, s'éclaire d'un large sourire et me concède que de Féraudy semble m'avoir dans le collimateur. La question suivante, portant sur les motifs de cette situation, reçoit un mouvement d'épaules pour seule réponse.
En début d'après-midi, je vais saluer Crivois. Envers lui, mes sentiments d'ancien apprenti, sont tout à fait paisibles. Je considère qu'à l'époque, il a fait son travail, en accord avec la hiérarchie en place à Vilgénis et que je n'ai à aucun titre à revenir sur son attitude et sur les sanctions intervenues, en fin de troisième année, après les événements du camp de vacances de Barèges.
Je le salue cordialement et reçoit en retour un accueil agréable. Crivois, qui ne doit pas avoir, hors hiérarchie, l'habitude de contacts agréables, va jusqu'à me remercier de mon urbanité. En retour, je l'assure de ma collaboration.
Ensuite, Georges Prévost, me présente ses collaborateurs directs : André Loubatières, chef des moyens généraux (études et atelier d'entretien des outillages et bâtiments), Roger Salut, vieux syndicaliste CGT et ancien responsable du service social, chef du magasin général, André Craissat responsable du bureau de préparation des fabrications intéressant l'aménagement commercial de tous les types d'appareils3, Jean Gimenez, responsable de la sous-traitance intéressant toutes les fabrications, et enfin René Gaillard, responsable du service gestion, proche collaborateur de Prévost, maintenu pour convenance de volume de troupe affectée, sous les ordres de Crivois, adjoint relations du travail. En souriant largement, Prévost me confirme, que pour les mêmes raisons opportunistes, le cadre en charge de la formation et de la sécurité, ne dépend pas de lui, adjoint chargé de la production, mais de l'adjoint relations du travail
Je rencontre ensuite Henri Lucas que je connais depuis mon temps passé au département de grand entretien. Lucas, à l'époque, animait le service chargé de la structure des avions à la sous-direction études de direction du matériel, et était, à ce titre souvent consulté, lors des réparations structurales importantes ou des chantiers de modifications. Son visage grêlé, son regard déterminé, une petite moustache accentuant une moue sceptique et, assez souvent, dans un premier temps, une attitude de petit nervi marseillais devant son interlocuteur, ne le rendait pas sympathique. Responsable de la section cadres-FO d'Orly, socialiste devenu, disait-on, porte-serviette du député Alain Savary, Henri Lucas avait toujours été correct, et de parole avec moi. Et lors de discussions, passées les premières secondes, on découvrait un homme au raisonnement structuré, aux arguments bien ordonnancés, qui au-delà des différences de points de vue en faisait un interlocuteur intéressant et agréable. J'appréciai par ailleurs son identité de ton et de jugement quel que soit le niveau hiérarchique de son interlocuteur. Depuis ma sortie du CÉSI, je l'appelle par son prénom et le tutoie.
Inspecteur-en-chef, rang acquis suite à sa mutation à Montaudran, il est ainsi classé en catégorie VI
La rencontre est courte, sympathique et utile. Sans le lui dire, je note qu'il a vieilli et je le trouve amaigri et assez fatigué. À quelques mois de son départ en retraite, fortement suggéré par Oziol, il m'assure simplement de sa collaboration entière. Je sais qu'il est sincère, et première satisfaction depuis mon arrivée, je retiens que je peux compter sur lui.
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