AU DELÀ DES BOUCHURES
La situation n'est pas claire. Prévost me montre journellement qu'il ne porte plus grand intérêt à son poste, mais continue d'occuper son bureau. D'ailleurs, je n'arrive même pas à savoir à quelle date mon prédécesseur au poste doit partir. C'est comme s'il y avait une négociation encore en cours...
Comme je n'ai pas l'intention de faire comme fera mon successeur, je n'entreprends rien.
Ma note de nomination ne m'est pas parvenue. Par contre, Kientz, par note, me charge dans un premier temps, de suivre l'installation des moyens affectés à la révision des moteurs Dart et simultanément, d'animer un groupe de travail comprenant Crivois, Thuilliez et Bacconnier en charge, de définir la future organisation du centre. Cette note m'agace sérieusement pour deux raisons. La première, s'agissant de l'activité Dart, c'est que Bacconnier, en étroite collaboration avec Yvon Bastard de Roissy, s'en occupe très bien, et que je déteste faire la mouche du coche concernant une affaire bien pilotée. La seconde, concernant l'organisation du centre, c'est que l'intention de Kientz, — déçu par Oziol, et influencé par l'organisation du petit entretien à Roissy (celle déjà évoquée, que j'ai étudiée avant de quitter l'organisme) — est de fixer, par écrit, la responsabilité du chef de centre vis à vis des deux unités de production, en les rattachant, hors les équipes de préparation (charges, planning et matières), directement au chef de centre. Or, je ne vois pas comment celui qui est responsable du programme, de l'organisation et des procédures de production ainsi que de la mise en place et du contrôle des effectifs de production peut se distraire des difficultés journalières, des inévitables ajustements et autres dispositions nécessaires au déroulement harmonieux et efficace des activités. Je pense que Kientz devrait se souvenir du temps ou chef du service des ateliers, il aurait bien aimé avoir la préparation sous sa coupe... Quoiqu'il en soit, j'informe les deux chefs de subdivision que quelle que soit la rédaction, dans le sens demandé, de la note, je me comporterai en adjoint chargé de la production, avec pour eux, ce que cela comportera d'exigences, mais aussi d'appui et soutien en cas de difficulté. Et pour le cas ou des interrogations subsisteraient, autorisation de contacter mes précédents collaborateurs de Roissy.
Dans cette ambiance, il convient de se changer les idées. Alors, je fais appel à André Loubatières et à Gérard Rey, pour prendre connaissance de visu, de toute la superficie du centre, à commencer par la rose de compensation, l'aire de point fixe et le hangar non utilisé.
En cours de visite, je demande à ce qu'on nettoie chaque zone et que l'on récupère et vende toute la ferraille constituée par les vieux matériels rouillés et abandonnés. Sourire du père Loubatières.
En fin d'inspection, je demande où se trouve la stèle dédiée à Didier Daurat et aux pionniers de l'aéropostale. Gérard Rey, soudain en alerte, propose immédiatement de nous y conduire. Bout de chemin silencieux et soudain une petite zone, non entretenue, couverte de plusieurs papiers, chiffons et de cailloux ? Les cyprès qui délimitent la zone sont partiellement desséchés. Semblable à un vestige, quasi désuète, la stèle est là, abandonnée. Progressivement, la tension monte en moi.
« Qu'est-ce que c'est que cette situation.... c'est inadmissible... »
« Depuis plusieurs années, le budget de fleurissement du centre a été supprimé, alors petit à petit, tout a été abandonné... y compris la stèle des anciens. »
« Messieurs, je ne suis pas un fidèle des commémorations, mais dans le cas présent, je considère cette situation comme scandaleuse et bien que je débute dans mes fonctions, je vous donne l'ordre de faire remettre, dès maintenant, la zone en état de propreté, de remplacer, dès novembre les six thuyas, et dorénavant d'entretenir régulièrement cette stèle. Je signerai moi-même cette dépense. »
Revenant au bureau en compagnie de mes deux acolytes, je devine leur véritable satisfaction.
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