AU DELÀ DES BOUCHURES
« Si j'ai bien compris, non seulement on révise des avions en cinq semaines, mais on s'arrange pour avoir la mise en dock et les travaux de sortie des appareils aux mêmes dates, avec pour couronner le tout, un seul escabeau en état.... Ainsi, tant au plan des charges de travail que s'agissant des phases de réglages et essais et, a fortiori concernant les travaux de sortie avec l'occupation de l'aire de compensation ou l'aire de point fixe avec silencieux, on multiplie les risques et on attise la tension des équipes. Alors je pense qu'il faut porter un jugement sur tout cela avant de sanctionner deux énervés qui se frottent, même un peu trop, suite à une situation dont ils ne sont pas les vrais responsables.
Par ailleurs, la prime de gestion intéresse principalement les résultats dans le poste. Dans le cas présent les contremaîtres ont pour mission de veiller à un entretien de qualité, effectué à un coût si possible raisonnable, et ce en respectant les délais fixés. Si les deux personnes concernées ont un comportement habituellement correct, je considère que la faute qui leur est reprochée relève plus d'un vigoureux remontage de bretelles de la part du chef de subdivision ou du responsable de la production, que d'une minoration de prime.
Quant à vous Crivois, en votre qualité d'adjoint relations du travail, dans le cas de l'exemple traité, je pense qu'il vous appartient de vous interroger plus sur les faits et motifs qui ont conduit à cette situation que sur le taux de gestion de deux cadres qui ne sont pas placés sous votre autorité.... ».
Il est midi. Oziol, un peu blême, m'a laissé m'exprimer jusqu'au bout. Prévost, indirectement mis en cause s'agissant du programme et d'un moyen d'accès indisponible prend, sur un visage soudain rougi, une mine étonnée, mais reste coi. Henri Lucas, l’œil observateur me semble goûter cette mise au point, Civelle, impassible, mais qui a intégré les « crimes » successifs que je viens de commettre, fixe Oziol attendant sa réaction. Oziol, qui ne veut pas d'un développement avec échanges qui pourraient dégénérer, botte en touche, en se proposant de réexaminer l'affaire et suggère à chacun d'aller déjeuner. Je rentre avec Prévost dans bureau.
Avant que ce dernier termine une déclaration visant à désapprouver mon intervention, Oziol surgit et m'entraîne pour déjeuner à Montgiscard.
Sur la parfois dangereuse nationale 113, alors que ma Cx essaie de respecter la vitesse indiquée, Oziol passe soudain le turbo.
« Dites donc..., vous vous rendez compte de l'agressivité de votre intervention, de ce matin..., vous vous en êtes pris à tout le monde..., où voulez-vous en venir ?
« Écoutez monsieur Oziol, on va gagner du temps. Sur la forme j'ai tort, et j'accepte totalement vos remontrances. Je n'ai pas accepté de voir cette affaire traitée sur le seul plan disciplinaire, sur le mode de l'ancien surveillant général de Vilgénis, tandis que Prévost, qui semble désormais se moquer de tout, se taisait.... »
Oziol termine sa volée de bois vert, puis le silence se rétablit. Au bout de quelques instants, je lui demande si je peux lui poser, entre nous, une question délicate. Il me répond positivement.
« Crivois, c'est un con ou non, à votre avis...? »
Sur son siège, Oziol surpris, s'est redressé et me fixe.
« Oui, c'est un con ! Eh, alors, c'est comme ça. Je n'y peux rien, il faut et il faudra faire avec... »
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