Le début de l'année mil neuf cent soixante dix-neuf bénéficie de ce qui a été étudié durant le dernier trimestre de l'année précédente.

La subdivision ateliers généraux, commandée par Bacconnier, maîtrise dorénavant totalement le moteur Dart, les charges à délais plus resserrés des travaux liés aux visites avions et la charge de travail intéressant les fabrications d'aménagement commercial, permettent une correcte gestion des effectifs y inclus, quand nécessaire, les transferts de personnel, en renforts de la subdivision avions.

À la subdivision avions, qu'anime François Thuillier, quelle que soit la charge de travail, les visites B 727 sont désormais exécutées en trois semaines d'immobilisations. D'ailleurs, Mohamed Miaoui, devenu directeur de la maintenance de Tunis Air, — compagnie tiers dont le grand entretien des B 727, précédemment effectué par Montaudran, est depuis mil neuf cent soixante dix-neuf exécuté par Tunis Air (en cinq semaines) — ne manque pas de m'appeler au téléphone pour me dire qu'il n'aurait pas rompu le contrat avec Air France, si ce délai lui avait été proposé.... Pour tenter de le faire revenir sur sa décision, je tenterai, une mission à Tunis. Reçu en ami, par le beau ténébreux, qui lui aussi a été apprenti à Vilgénis, j'irai jusqu'à lui proposer, sans succès, de l'aider, avec l'apport de personnel détaché de Montaudran, à réaliser les visites à Tunis, mais en trois semaines. En retour de mes sentiments de sympathie, il me confiera une journée à son chauffeur personnel, lequel m'accompagnera avec gentillesse, à travers quelques villages tunisiens et jusqu'à la foire aux chameaux de Nabeul.

Ce matin là, il est huit heures trente lorsque François Thuillier, chef de la subdivision avions, entre, le visage un peu blême, dans mon bureau. Observant son émotion, alors que je débute une phrase visant à l'interroger, il me tend une feuille pliée dont il m'invite à prendre rapidement connaissance.

Le rapport indique que ce matin deux agents, ont démarré sur le parking extérieur, et entretenu jusqu'au hangar, une violente dispute avec insultes. Cette situation s'est ensuite prolongée au hangar, l'un des protagonistes, par ailleurs délégué du personnel CGT, s'étant rendu au poste de travail de l'autre, le menacer, de façon rapprochée, avec un tesson de bouteille. Compagnons et chefs d'équipe ont séparés les deux individus et alertés leur commandement. Les différentes étapes se sont toutes déroulées devant témoins. Le rapport, précis, est signé de Thuillier.

Au moment des faits, Oziol, — qui durant ses absences ne me laisse jamais un numéro de téléphone pour éventuellement l'appeler — est en congés, Crivois Adjoint relations du travail, échelle 21, est donc, du fait de son rang, chef de centre par intérim.

Je fais un point rapide avec Thuillier et, compte tenu de la gravité des faits et de l'implication d'un délégué syndical, m'interdis d'agir hors consultation hiérarchique. Au bas du rapport, je décide donc d'inscrire :

Pris connaissance ce jour huit heures quarante-cinq et immédiatement transmis, pour avis, à monsieur Crivois, Adjoint en charge des relations du travail et chef de centre intérimaire. (signé P. Manigault Adjoint production).

Photocopie pour Thuillier et pour moi. À neuf heures, en présence de Thuillier, à qui j'ai demandé de m'accompagner, je remets le rapport original à Crivois. Plusieurs lectures. Temps mort. Brèves questions. L'intéressé se propose d'aviser et de nous tenir au courant....

L'affaire aura un long, curieux et pénible développement syndical7, manifesté par tracts accusant la direction du centre, bénéficiera d'un temps de silence assourdissant et, progressivement, pour la majorité, de l'oubli. Jamais, Crivois, ni Oziol, durant l'année qui va précéder leur départ, ne diront, à Thuillier et/ou à moi, un seul mot sur cette affaire. Seule une indiscrétion venue de Maine Montparnasse, me fera comprendre que deux ingénieurs ne pèsent pas lourd, peut-être moins encore à Montaudran, lors de tractations entre une direction du personnel et un syndicat.

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