Pour remplacer le chauffeur tractiste avions — opérant, à l'entrée et en sortie de visite, les mouvements tractés des appareils venus en révision à Montaudran —, parti en retraite, j'ai, pour remplir cette fonction, fait venir de Roissy, un agent particulièrement valable qui tout gardant cette activité de faible emploi à Montaudran, exerce comme Ouvrier Spécialiste Qualifié, à l'atelier d'entretien outillages et bâtiments du centre. Particularité, cet excellent agent, bénéficiait à Roissy d'une prime spécifique et je me suis engagé à ce qu'il ne perde rien de son salaire précédent. J'ai par ailleurs l'intention, à terme de faire de cet excellent agent, un ouvrier professionnel. La vigilance du service du personnel s'exerçant, l'agent, sans que je sois consulté, perd immédiatement sa prime.

Je m'entretiens du sujet avec Tritz, à qui j'explique la souplesse et les avantages de cette situation pour le centre, lui fais remarquer en plus, que j'économise un poste à l'organigramme et lui indique mon engagement concernant le revenu mensuel de la personne.

Le Javert du respect réglementaire demeurant inflexible, je lui confirme ma définitive décision de ne pas désavantager pécuniairement l'agent, lequel devra d'ailleurs conserver ses qualifications de tractiste et de conducteur d'engins, ponctuellement utiles à Montaudran. Alors, en conséquence de ce blocage, durant un quadrimestre, chaque mois, je signe, donc, au bénéfice de l'agent dé-primé, chaque mois, un nombre d'heures supplémentaires fictives qui correspond à la perte de sa prime. Puis, le bon sens finit par l'emporter et la prime réapparaît sur la fiche de paie de l'intéressé.

Il s'appelle Louis Thouvenin. Il est agent de maîtrise. À l'occasion de sa notation professionnelle, je me dois de lui commenter sa situation et d'envisager ses perspectives de carrière, comme je le fais pour tous les agents d'encadrement de la production. À cet effet, je demande au service du personnel de me confier son dossier complet. Une chemise vide me parvient. Je me rends chez Crivois, lui dit ma surprise et l’interroge sur ce qui peut expliquer cette situation. L'adjoint chargé des relations du travail tire longuement sur sa cigarette, prend un temps de réflexion et, apparemment peu préoccupé par ma question, réponds qu'il n'en sait rien. J'insiste, en lui précisant qu'il s'agit d'un agent de maîtrise, au sujet duquel je dois prononcer un avis sur sa future carrière :

« Et alors que voulez-vous que je fasse ?

J'ai peut-être des ennemis comme l'affirme de Féraudy, mais je m'honore d'avoir rencontré partout des amis, des copains ou simplement des gens qui ont apprécié mon action au travail. Dans le cas présent, c'est un cadre du service du personnel, ponctuellement en charge, des dossiers établis pour les candidats destinés à recevoir la Médaille d'argent du travail, qui m'invite discrètement à prendre connaissance de l'appréciation du chef de centre Pierre Oziol, concernant Norbert Crivois. Je lis :

Très bon élément. Homme à qui on peut faire totalement confiance dans tous les domaines.

Au téléphone, Jean Gay, Adjoint relations du travail de la direction du matériel. Échange cordial sur plusieurs points, puis en fin d'entretien, une soudaine question :

« Dites-moi, vous connaissez bien Crivois ? Ce type est un peu spécial,... non ? »

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