Oziol m'a convié à dîner un soir, à son domicile. Foie gras de sa fabrication a-t-il précisé. Vous venez quand vous voulez...

Comme tous les chefs de centre de Montaudran, Oziol loge dans un agréable pavillon situé entre le centre industriel et l'avenue Jean Rieux, habité en son temps par Henri Martre, polytechnicien, PDG de l'aérospatiale de 1983 à 1992.

Je quitte Montaudran peu après dix-huit heures, prend une douche à domicile et me présente chez mon chef à sept heures. Coup de sonnette sans réponse. À peine franchie la porte grillagée, non fermée, du jardin, me parviennent aux oreilles, les notes vigoureusement exprimées d'une dramaturgie sonore que j'impute à Wagner. Pieds nus, orteils en éventail, short marron à rayures, chemise ouverte et regard déterminé, Oziol exécute (c'est le cas de le dire...) une œuvre dont le titre échappe à mes modestes connaissances musicales. Attentif à la scène, via la porte-fenêtre largement ouverte de la salle à manger, à quatre mètres du pianiste qui a très bien noté mon arrivée, j'observe, durant deux bonnes minutes encore cette débauche d'énergie. Sans véritable lien, mais parce que mon esprit est ainsi fait, je pense soudain aux paroles d'une chanson de Mac Orlan chantée par Germaine Montéro. Une phrase musicale et sa finale primesautière trotte soudain dans ma tête : … un piano.. avec... des dents de chameau. Tac, … tagadac, tac ... tac, tac.

« C'est à c't'heure là que vous arrivez … »

« Je n'ai pas voulu vous déranger trop tôt, et puis j'ai quitté Montaudran après six heures... »

« Pour moi, les gens qui quittent le bureau, après l'heure, ce sont ceux qui n'ont pas réussi à faire leur boulot dans la journée... »

Je botte en touche en interrogeant :

« Ce morceau, au piano... du Chopin, je ne pense pas, mais du Wagner ?

« Chopin, c'est un con, alors certainement pas... , non, c'était une étude de Rachmaninov... vous connaissez ?»

« De nom.. j'ai dû écouter certaines de ces études. Mais, je ne suis pas vraiment mélomane.. »

Oziol m'entraîne vers la cuisine et sort d'un placard un foie gras de canard, de plus de 400 g cuit dans une terrine blanche.

« J'ai acheté le foie entier au marché de Victor Hugo et je l'ai préparé et fait cuire moi-même... vous me donnerez votre avis... »

On installe deux couverts. Mon hôte dépose ensuite un seau à glace dans lequel il a mis au frais une bouteille de champagne, et deux flûtes.

« Ouah ! C'est gala...! »

« Ne vous réjouissez pas si vite, je n'ai que ce foie gras et du fromage à vous offrir... »

Coupe apéritive de champagne, en examinant le jardin non entretenu mais néanmoins agréablement planté de quelques fleurs. Oziol, prétextant de sa qualité d'occupant momentané, peu présent lors des week-ends, m'avoue, ne pas vouloir investir, ni pour la maison, ni pour le jardin.

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