AU DELÀ DES BOUCHURES
À la suite de cette réunion, je demande en privé à Decroix de bien vouloir me donner son avis sur la façon dont je conduis la production du centre. La réponse suivante m'est ainsi distillée :
« Au point de vue travail et résultats, tout est très bien, pas de problème, mais je dois te dire que ta personnalité fait un peu d'ombre à mon soleil... »
Quelque peu estomaqué par le contenu aigre-doux du flacon, je m'aventure à aborder de nouveau la question rapidement évacuée en séance. Une réponse plus large et plus explicite m'est donnée :
« S'agissant des demandes des sanctions, s'il devait y en avoir, arrange-toi dans tous les cas pour qu'elles ne concernent ni quelqu'un susceptible de me créer des soucis avec un syndicat, ni avec quelqu'un en mesure de faire intervenir quelqu'un, député ou autre1... »
Je l'assure de prendre note de son observation et de sa demande. Concernant la seconde, je lui sais gré de sa franchise, mesure l'opportunisme de bon aloi d'un jeune commandement désormais aligné sur l'usage établi avec la prise de fonction du directeur du matériel Max Ravier (rappelez-vous le traitement original de l'affaire du mécanicien Concorde) tandis que Jean Treins — qui, dit-on, prends le plus souvent son café matinal, à la cafeteria de Maine Montparnasse, en compagnie de l'important secrétaire général du syndicat F.O, (précieuse source d'informations puisées à tous les niveaux en tous lieux), qui terminera sa carrière syndicale à l'échelle maximum de la catégorie dite ingénieur-en-chef — coiffe avec maîtrise la direction du personnel.
Ainsi le temps est venu des carrières effectuées dans le calme et la subtilité d'une voulue paix sociale obtenue et, le cas échéant garantie, par des ajustements successifs, renoncements et petits abandons qui seront « négociés » ou admis, et surprendront souvent la hiérarchie opérationnelle.
En fin des réunions conduites, chaque mercredi à Orly, par le sous-directeur Kientz, et auxquelles j'assiste, je ne manque jamais de passer à la régulation avions. C'est l'occasion de saluer mon vieux copain Pierre Topenas qui est désormais, — inspecteur principal en catégorie V, à l'échelle 17 —, le chef de l'activité, en remplacement d'un ingénieur-en-chef, syndicaliste CGC, parti en retraite à l'échelle 23... Le père « Top », qui après avoir quitté le grand entretien, a été plusieurs années régulateur, connaît son affaire et excelle dans son travail. Esprit vif et curieux, placé en permanence au carrefour des événements et discussions, il est une aussi une véritable source d'informations, lesquelles sont livrées avec une coloration toute méridionale.
« Ah ! Pierrot, tu tombes bien... Tu sais qu'on reçoit bientôt les Boeing 727-200 advanced... et que selon l'usage concernant tout appareil neuf, on doit appliquer à chacun la consigne d'entretien de mise au standard Air France. C'est une affaire qui, spécialités avions et équipements réunies, comporte un peu moins de 200 heures de travail par avion. La division de petit entretien se propose d'effectuer ce travail dans un délai de quinze jours, avec le souci d'améliorer le taux d'occupation de sa main-d'œuvre. Avec ce système, je ne vais plus avoir de réserve B 727 pendant plusieurs week-ends, alors je cherche une autre solution... Toi, à Toulouse, est-ce-que....? »
« Compris, le père « Top », je regarde ça dès demain avec Laur et Guiraud. Je vais voir si on peut faire cela en cinq jours, mais regarde de ton côté la possibilité d'une arrivée de l'avion à Montaudran le lundi 10.00 heures au plus tard, et un départ de Montaudran, le vendredi suivant à 17 heures au plus tôt et dans ton bilan économique intègre le coût (PN et carburant) des convoyages d'avions Paris-Toulouse et retour… Je te rappelle dès que.... ».
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