Janvier 1981. Pas de nouvelle de ma promotion, mais notation professionnelle — Decroix au premier degré, Kientz sous-directeur (qui vient d'être nommé directeur adjoint, au second degré) commentée en présence de Kientz au centre de Toulouse. Pour l'essentiel, tout ce qui est travail, rigueur, précision, efficacité est apprécié entre très bon et excellent. Un point curieusement noté moyen, en langue anglaise, qu'à l'époque, je pratique correctement. Et, enfin, point qui décide finalement de tout en matière de carrière au niveau supérieur : relations à améliorer avec autrui (pour Decroix qui se satisfait d'une information générale), relations avec ses égaux (plus justement relevé par Kientz... en songeant aux remarques ou commentaires rigoureusement exacts, mais il est vrai, parfois exprimés avec une saveur et une causticité dérangeantes). Chez moi, cette attitude se manifeste en particulier du fait de la différence de traitement des situations et/ou personnes. Je ne peux m'empêcher d'observer la différence entre les larges tolérances et facilités accordées aux uns en matière d'avancement et les règles et exigences réservés aux autres.

Dans mon cas — deux ans de faisant fonction cadre (commandement d'une quarantaine de personnes) en position maîtrise au grand entretien, sans la moindre prime, proposition d'avancement exceptionnel (de M.Locar) sans suite, impossibilité de quitter la direction du matériel pour prendre un poste en catégorie V à la direction des installations fixes, PME pour prise de poste en catégorie V à Roissy (poste passé « à cheval » V/VI dès après mon départ), poste catégorie VI, de mon prédécesseur à Montaudran, déclassé V/VI à mon arrivée, et suggestion ferme de la perte d'emploi de mon épouse du fait de ma mutation à Toulouse et de surcroît aucune nouvelle de la notation au second degré de mes deux précédentes Fiche d'Orientation et de Carrière — je suis de plus en plus perplexe, voire dubitatif vis à vis de la haute hiérarchie, et partant, assez agacé de cette situation.

Contrairement à ces messieurs de bois joli, dont certains (suivez mon regard) savent, dès la catégorie V, à l'échelle 18, que leur carrière n'est pas limitée à la catégorie VI, ou comme De Féraudy connaissent les deux postes suivants qu'ils sont susceptibles d'occuper, d'autres, malgré l'invitation officielle de la page du paragraphe concernant l'évolution de leur carrière, ne sont pas invités à discuter les postes susceptibles d'être occupés dans une perspective de déroulement de carrière.

Non seulement je suis de ces derniers, ce qui ne me satisfait pas vraiment, mais plus encore, lorsque j'observe les postes confiés aux ingénieurs CESI, j'ai le sentiment d'appartenir à un groupe de nature intermédiaire, tel celui que Lucien Bodard, dans son livre « Le massacre des indiens », appelle les caboclos, ces métis nés de blanc et d'amérindien, qui ont bien du mal à trouver considération véritable et place dans la société brésilienne.

À titre personnel, j'ai toujours bénéficié, sur le plan du travail de considération, voire de complicité et reçu souvent de nombreuses confidences, mais au moment de régler clairement une situation de carrière telle celle que je vis actuellement, c'est l'embarras qui règne. À tel point, que me souvenant des discussions avec Carriole me citant le directeur du matériel Picassette concernant ma promotion cadre (« mais jusqu'où voulez qu'il aille celui-là »), j'en viens à comprendre que c'est l'âge de l'agent qui prime, et que sauf puissant appui (politique, syndical, obédience) le poste occupé et les résultats obtenus sont — la plupart du temps et sauf cas d'espèce... — considérés comme nécessaires mais non suffisantes, et que l'âge de l'agent est en finale arbitre du jugement.

En d'autres termes, il s'agit d'une gestion de carrière à caractère quelque peu administrative.

C'est donc avec tout ce qui précède en tête que je lis les commentaires écrits du document qui me concerne, lequel exprime la proposition de promotion et met l'accent sur ma forte personnalité à prendre en compte pour le choix de mon futur poste. Je retiens que cette notation effectuée au mois de janvier 1981, vise à obtenir ma promotion au premier janvier 1982, soit trois ans et demi après ma prise de poste. Sachant que Ravier est toujours directeur et connaissant la droiture hiérarchique de Kientz, je choisis de me taire et de signer le document me gardant d'exprimer mon dépit.

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