Le 11 mai 1981, à l'atterrissage sur l'aéroport de Kigali, le Boeing 707 d'Air Rwanda, se pose sur le train avant, qui s'encastrant en partie avant de soute avant, cause d'importants dommages au fuselage. L'avion immobilisé bloque l'utilisation de la piste.

Dans un premier temps, la direction du matériel, sollicitée par la direction générale d'Air Rwanda, charge le centre de Montaudran d'effectuer une mission technique afin d'évaluer les possibilités d'effectuer sur place une réparation provisoire permettant un convoyage de l'avion vers Toulouse en vue de réaliser la réparation structurale définitive.

Dès connaissance du devis en main-d'œuvre et du coût total de la réparation, le planning des travaux et les effectifs nécessaires à l'intervention sur place sont déterminés. Je suis alors chargé d'une mission auprès de la direction générale d'Air Rwanda, afin de présenter les objectifs et conditions techniques de l'intervention d'Air France, sur place, ainsi que les effectifs et moyens envisagées. Mais le déclenchement de cette intervention urgente est subordonné à la remise par Air Rwanda d'une lettre de crédit d'un million de francs, que je dois obtenir avant de donner le top de départ à l'équipe Montaudran.

Vol Air France Paris-Athènes-Kigali, avec bout de ligne à Bujumbura au Burundi.

À l'arrivée à Kigali, contact avec un jeune, sympathique et célibataire chef d'escale. Entretien sur l'intervention et les effectifs prévus et visite rapide à l'appareil endommagé. Rendez-vous avec la direction générale d'Air Rwanda confirmé pour le lendemain neuf heures. Le chef d'escale me dépose ensuite à l'hôtel Méridien et me propose de venir me prendre dès sept heures le lendemain pour petit déjeuner de célibataire à son domicile avant conduite à mon rendez-vous.

Surprise. Le rez-de-chaussée du bâtiment de direction d'Air Rwanda — devant lequel je suis déposé par un conducteur tout souriant de l'effet obtenu —, est un café d'allure française. Dès pénétration dans la salle, quelqu'un se dirige vers moi.

Mince, de taille moyenne, visage avenant portant simples lunettes fines, l'homme jeune qui porte avec élégance un prêt-à-porter de bon goût, — dont j'apprendrai par la suite qu'il est juriste et financier de formation française —, se présente, m'accueille avec grande simplicité et gentillesse, m'explique que son bureau, situé au premier étage, est actuellement en travaux et propose de nous rencontrer et traiter notre affaire devant un café.

Mon interlocuteur écoute avec attention mon exposé, prend quelques notes, acquiesce de la tête aux propositions d'Air France, puis sans me laisser le temps de faire allusion aux aspects financiers de l'affaire, devant moi remplit, signe et officialise d'un cachet, une lettre de crédit en bonne et due forme. Il me remet le document et ajoute lentement à voix basse :

« Vous savez, le montant de la dépense pour cette réparation représente beaucoup pour le budget de notre pays... »

Un peu embarrassé, devant la déclaration de ce jeune et digne responsable africain, je m'empresse de lui donner toutes les assurances concernant la diligence et la qualité de notre intervention :

« Cher monsieur, je comprends votre observation, mais sachez que je vais sans tarder déclencher le départ de l'équipe en charge de la réparation provisoire et faire en sorte de vous rendre en très bon état, et le plus rapidement possible, l'appareil de votre compagnie. »

Accompagné jusqu'à la porte de l'établissement, sans consigne reçue, j'invite mon interlocuteur à venir à Montaudran, pour prendre livraison de l'appareil après remise en état.

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