Retour à l'aéroport. Déjeuner avec le chef d'escale qui m'apprend que depuis neuf heures ce matin, une panne centrale interdit toutes télécommunications entre le Rwanda et l'étranger. Déception, car je pensais, dès après le repas, dans un même télégramme informer ma hiérarchie concernant la lettre de crédit et déclencher le départ de l'équipe de Montaudran pour Kigali. Par ailleurs, ce jour là, pas de vol à destination de Paris. Seule arrivée, un vol de Sabena, en provenance de Bruxelles via Athènes. Je ne réagis pas à cette information, mais le dynamique chef d'escale ajoute aussitôt :

« Si l'avion de Sabena qui arrive, normalement une Caravelle, est équipé de la B.L.U2, vous serez peut-être en mesure de joindre le centre opérationnel d'Air France, de téléphoner votre message et d'obtenir qu'il le répercute télégraphiquement aux destinataires... »

On file à son domicile ou l'on reste jusqu'à dix-sept heures. Puis retour sur le tarmac où la Caravelle est à son point de parking nocturne. On accède au poste. Dix minutes après, micro en main, après avoir donné le nom de la compagnie suivi du matricule de l'appareil, je joins le centre opérationnel Air France, donne le motif de cette utilisation particulière de la BLU en l'absence de fonctionnement des télécommunications habituelles, délivre vingt lignes d'un message à répercuter et remercie mon interlocuteur après relecture du message par ce dernier. Ouf, mission accomplie.

« Dites donc, on pourrait peut-être aller remercier le chef d'escale de Sabena, pour cette utilisation pas très orthodoxe de la BLU... »

« Pas de problème, c'est un bon collègue, et ça fait partie des services qu'on est amenés à se rendre, pour la bonne cause... »

« On pourrait aller le saluer, au moins... »

« Il est déjà rentré chez lui, car demain matin, il sera au terrain dès cinq heures ! Au fait, vous décollez demain à 14 heures ... et ce soir vous dînez avec moi à la maison … et on ouvre une bonne bouteille avec les grillades et la boite de conserves… »

Je me couche un peu tard et le lendemain, dans un hôtel Méridien que l'équipage belge a quitté vers cinq heures trente, j'ouvre les yeux vers dix heures. À onze heures trente, au moment de payer ma note, personne nulle part, dans l'hôtel. J'appelle plusieurs fois à haute voix, revient vers la réception, puis rédige un mot que je joins aux clés de la chambre. La navette de l'hôtel me conduit vers l'est de la capitale, à Kigali International Airport (KGL).

J'informe le chef d'escale des conditions de mon départ de l'hôtel, lui communique le numéro de mon ordre de déplacement pour imputation des frais qui aura à régler, et le remercie de son aide durant mon court séjour qui ne m'aura pas permis de visiter et de connaître un peu ce beau pays.

Lors du vol Kigali-Athènes, une pompe hydraulique se révèle défectueuse. Approvisionnement et remplacement de l'équipement, plein et purge du circuit, suivis d'un point fixe moteur. Les travaux seront effectués de nuit à Athènes. Hébergement de tous les passagers en ville. Départ sur Paris fixé à six heures le lendemain. La ligne, toujours, mais désormais avec tous les moyens nécessaires...

Il est près de midi quand je remets, en main propre, la credit letter d'Air Rwanda à Claude David, chef de la sous-direction économie de la direction du matériel. L'après-midi, alors que je ressens la vitesse descensionnelle du Mercure pressé d'atteindre Blagnac, je songe en souriant, à l'équipe de Montaudran qui simultanément vole en direction de Kigali. Pensif, je m'attarde quelques instants sur l'intéressant métier qui est le nôtre. Sollicitant mais gratifiant métier.

 - 300 -