AU DELÀ DES BOUCHURES
En conséquence, j'informe le chef du détachement de ma décision et de la façon dont nous allons travailler : compte-rendu journalier d'avancement du chantier, difficultés rencontrées, suivi effectif et ajustement, problèmes outillages et matières et ce, par liaison téléphoniques et, chaque fois que nécessaire, confirmation information de telle info par télégramme (télex). Désirant être au courant de la moindre difficulté, en temps utile, je lui demande d'adresser les éventuelles questions intéressant un point technique à l'adjoint en charge Max Rouquette, mais de me mettre ampliation de l'information afin que je puisse intervenir pour coordination, en cas de nécessité.
Le chantier et ses modalités de suivi se déroulent normalement, lorsqu'en fin de la seconde semaine le métallurgiste américain, — spécialiste en alliages légers et fournisseur reconnu de l'avionneur Fokker, — à qui l'importante tôle principale de revêtement (200 x 80 pouces) à remplacer a été commandée, informe qu'elle ne sera pas fournie dans le délai convenu, l'élément attendu étant bloqué par les agents en grève de cette entreprise. Il est quatorze heures. Je reçois l'information comme un uppercut du gauche doublé d'une droite à l'estomac. Me revient à l'esprit que Bernard Alexandre, ancien ingénieur d'entretien qui était avec Decroix à Roissy, qui est actuellement le chef du bureau des achats Air France de New-York et basé à l'aéroport JFK. J'attends quinze heures pour appeler.
La sonnerie typique du téléphone américain résonne peu longtemps. La secrétaire me passe un Alex tout surpris et sympa as usual... Je lui explique précisément la situation et lâche sans attendre mon « mayday » :
« …. Alex, prends moi rapidement cette situation en mains. Appelle la Maison Blanche ou le syndicat des métallos. Traite le dossier à la façon américaine. Dis leur que si la réparation n'est pas réalisée à temps selon le contrat, moi, je vais me faire virer. Envoie leur une caisse de champagne ou une caisse de Bordeaux. Fais ce que tu veux à mes frais mais sors moi du merdier dans lequel je vais me trouver avec le chantier d'Air Guadeloupe si la tôle n'arrive pas fissa à Pointe-à-Pitre … »
Placide, simple et amical, Alexandre me promet de traiter le problème dès ce jour. Je le remercie chaudement car je sais qu'il va le faire.
Alex m'a rappelé le lendemain en fin de journée.
« Mannix, « ta tôle » part aujourd'hui pour les Antilles … »
« Wouaaa Alex, tu as drôlement bien joué... avec la caisse de champagne... ? »
Placide ne me donne aucune explication mais m'assure qu'il va envoyer la caisse de champagne pour remercier … les ouvriers qui ont repris le travail... !
« Encore merci Alex ! À charge de revanche... »
Le chantier a été exécuté dans les délais7. Les choumacs de Montaudran, — héritiers de ceux qui formaient, — avec un marteau qui, souvent conduisait l'ouvrier à la surdité — un carénage d'avion en cuivre, ont de nouveau montré de quoi ils sont capables. Vol aller-retour sur PTP, pour finaliser l'affaire, et arrêter date et heure du vol d'essai. Dernier point pour vérifier que le temps total de M.O respecte bien le devis et rédaction du dossier destiné à Air Guadeloupe, à son assureur et à la facturation des travaux. Satisfaction supplémentaire, je fais en sorte que le responsable du chantier, Georges Marty, soit promu chef d'équipe au premier janvier de l'année suivante.
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