AU DELÀ DES BOUCHURES
Été mil neuf cent quatre vingt-deux Guy Tonnaire prend harmonieusement la suite de Bacconnier à la tête de la subdivision ateliers généraux.
Août de la même année, une large part du personnel du centre est en congés Un seul appareil est en révision : un Fokker de l'aéropostale. Chantier réputé sans problème.
Dès juin, j'ai prévenu Albert Laur, chef de la subdivision avions, de conserver en nombre suffisant des agents qualifiés sur ce type de machine et, en conséquence, de veiller à l'attribution des congés annuels, et ce d'autant que le centre est sollicité par Roissy, pour obtenir un renfort d'une quinzaine de compagnons afin de faire face à la pointe d'exploitation estivale.
Par la suite, j'ai seulement veillé, avec Lucas à ce que numériquement l'effectif soit bien assuré.
Que s'est-il passé, en ce mois d'août si chaud à Toulouse. Visite, vol d'essai, livraison à l'heure, sans problème. Puis quinze jours après, un courrier de l'organisme opérationnel avec en annexe, trois pages du contrôle de qualité, relatant toutes les anomalies découvertes. Decroix qui évoque l'affaire devant moi est parfaitement calme en me confiant le document
Oziol, précédent chef de centre de Montaudran et désormais patron de l'aéropostale, n'a pas dû bouder son plaisir en envoyant cette lettre à Decroix. Il n'empêche que les faits sont les faits et que certaines des découvertes relevées par le contrôle qualité parisien sont très importantes et signalent des manquements inadmissibles.
Après plusieurs lectures du document, très contrarié, et me sentant concerné au titre production, je propose à Decroix de conduire une enquête concernant cette affaire. Ce dernier me fait observer que la production n'est pas seule en cause, que certaines anomalies concernent également le contrôle, et qu'en conséquence, il retient de conduire l'enquête lui-même, d'autant qu'il devra répondre au courrier d'Oziol.
Je n'ai aucun doute sur la qualité de l'enquête conduite. Mais par la suite, je n'ai plus entendu parler du dossier. Par ailleurs, à ma connaissance aucune sanction n'a été prise concernant cet épineuse affaire, au sujet de laquelle, Decroix ne m'a imputé aucune responsabilité et ne m'a adressé aucun reproche. Cette regrettable affaire demeure, pour moi, un mauvais souvenir.
En août mil neuf cent cinquante-deux, alors que je débutai comme simple et timide mécano dans le hangar double tonneau qui abritait les L 749 Constellation, Montaudran recevait, pour un luxueux aménagement un Consolidated Liberator, — quadrimoteur d'escadrille de bombardement pendant la seconde guerre mondiale — appartenant à l'empereur Bao-Daï, lequel en remerciement du travail effectué, offrira, au grand hôtel de Toulouse, un repas à tous les cadres du CRT.
Dans l'après-midi du 16 novembre mil neuf cent soixante dix-neuf, le président Valéry Giscard d'Estaing — venu en toute discrétion, pour un périple régional effectué en compagnie de Raymond Barre — y sera accueilli, à sa descente d'hélicoptère, par Decroix.
Par ailleurs, en plus des avions d'Air France, il faut savoir que de nombreux appareils appartenant à des compagnies étrangères, pays du Maghreb, d'Afrique, du moyen-orient, d'extrême orient, sont venus et, pour certaines, viennent encore en visite à Montaudran .
À noter également, à l'époque, une sympathique coutume8 consistant, pour le pilote, après décollage de l'avion révisé, à effectuer un passage à basse altitude au-dessus de la piste, passage agrémenté d'un léger battement d'ailes, destiné à la fois à saluer l'équipe au sol et à lui signifier que tout va bien à bord .
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