GASTON VEDEL,
(alias Vidal, l'abbé Souillac, Martin... déporté 77530 au camp de Dora)
ou le pilote oublié...
Toulouse-Montaudran - Hôtel-Restaurant Le Capoul (sept 1982)

Repas annuel de l'Amicale des Pionniers de l'Aéronautique des Lignes Laécoère et Aéropostale, (amicale fondée par Didier Daurat, en 1964, et regroupant les anciens navigants et personnels au sol, ayant bâti les premières liaisons aériennes françaises importantes). En lien avec l'histoire de l'Aéropostale et le souvenir lié à Montaudran terre d'envol, le chef de Centre de Révision de Toulouse est invité. Decroix m'a demandé de représenter, à sa place, le Centre, à ce repas.

C'est Robert Picard, retraité, qui a terminé sa carrière comme chef de la Subdivision Avions du Centre de Révision de Toulouse qui m'accueille. Me saluant chaleureusement, Picard, qui, vingt-six ans plus tôt, fut mon deuxième chef de chaîne à Orly/N2, lorsque j'étais simple agent technique, me demande de bien vouloir dorénavant le tutoyer, en ajoutant souriant « maintenant que tu as fait tes preuves, toi que j'ai connu en culotte courte.. ». Représentant l'Amicale des Retraités d'Air France, il me présente successivement Pierre Larvoire qui, vingt ans plus tôt, tint — avec grande application et succès, mon poste actuel à Montaudran, puis deux anciens : en premier Pierre Grenier, — ancien apprenti de Montaudran, Commandant de Bord retraité, ex Président (1936:1939) de l'Amicale des anciens de l'Aviation Populaire, ancien chef pilote de la Royal Air Maroc, et dorénavant instructeur à l’aéro-club Air France de Montaudran. (Je l'aperçois parfois en fin d'après-midi quand il rejoint le hangar)— et en second, un monsieur, nommé Gaston Vedel, Pionnier de l'Aéropostale ayant été pilote, sous l'autorité de Didier Daurat.

Armoire à glace silencieuse et impressionnante, regard d'acier qui passe mon cerveau au scanner, visage en léger trapèze, offrant un large rectangle frontal et un menton carré — synthèse d'une exceptionnelle volonté mêlée à une affectivité contrôlée —, tel est Gaston Vedel dont je fais la connaissance. Tandis que l'homme me serre très fort la main, son visage exprime la détermination demeurée puissante et la tristesse profonde et irréversible, d'un être humain recru d'épreuves.

Ce personnage, qui, pour moi, maîtrise une souffrance est une véritable énigme qui m'interpelle.

Je salue également Gérard Rey, — ancien apprenti de Montaudran, actuellement chargé de sécurité au Centre, et représentant de l'amicale des Anciens d'Air France — lequel, avec André Loubatières, m'avait accompagné, à ma prise de fonction lors de ma visite de l'ensemble du Centre. Tous deux avaient adroitement attiré mon attention sur l'état d'entretien de la stèle dédiée au souvenir de ceux tombés au service de l'Aéropostale et de leur chef Didier Daurat.

Rey m'informe que Gaston Vedel, grand résistant, est Compagnon de la Libération.

Repas très agréable. Très bon menu tendance sud-ouest. Échanges très cordiaux de souvenirs entre les plus anciens. Inévitable nostalgie qui unit les convives et nous enveloppe tous au moment du café. Quelques informations de ma part concernant les activités de Montaudran, reçues avec grande attention, tant la relation de chacun est demeurée forte entre ce lieu symbolique et un temps, même ancien, de leur vie professionnelle. J'ai observé la discrétion de Gaston Vedel qui s'est intéressé à tous les échanges mais a peu parlé durant le repas.

Seize heures. Je prends congé de mes hôtes, après leur avoir avoué, sans effort, mon attachement à Montaudran. Je salue Monsieur Vedel en dernier, lui témoigne mon estime et lui dit l'honneur que je ressens de lui avoir été présenté. Une voix grave s'échappe alors du coffre du Pionnier :

« Monsieur Manigault, j'aimerais vous téléphoner un jour prochain pour vous inviter à déjeuner... »

Ému, je m'entends répondre :

« Ce sera avec grand plaisir, Monsieur Vedel… »

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