AU DELÀ DES BOUCHURES
La première a pour origine Antoine Blondin à qui Vanel, — qui avait pour le célèbre auteur à la plume gaillarde, une particulière affection, et d'abord en tant que lecteur —, avait emprunté une de ses formules pour titrer sa carte des vins : Tout le reste n'est que litres et ratures...
« Antoine suivait son énième Tour de France. Au soir de la première étape, il assiste au banquet des officiels. On sert du pintadeau. Le lendemain, deuxième étape et le soir Antoine est à nouveau présent au banquet des officiels. On sert à nouveau du pintadeau. Le troisième jour, troisième étape et troisième banquet. On sert à nouveau du pintadeau. Alors Antoine Blondin se lève, et s'adressant à Jacques Goddet, Directeur du Tour, avec ce léger bégaiement qui ajoutai à son charme : « Jacques, si ce pintadeau doit continuer à nous suivre de la sorte, il faut lui donner un dossard...! »
La deuxième, intitulée La part des Anges, évoque un somptueux dîner servi dans le cadre prestigieux du Cloître des Augustins, pour lequel avait été installé une cuisine-campement sur le trottoir de la rue de Metz :
« Les homards prévus au menu avaient été décortiqués le matin. Ils arrivaient dans des seaux qui, au sortir de la camionnette, étaient déposés sur le trottoir.
Au moment du dressage des 450 assiettes, il fallut se rendre à l'évidence, il manquait 40 queues. Les pinces étaient là mais pas les queues ! Et toutes les recherchent s'avérèrent infructueuses.
Et le lendemain, alors que je revenais sur les lieux, vérifier si nous n'avions pas oublié quelque petit matériel, un clodo crasseux et attendri me tendit un seau vide en me complimentant sur la qualité des bestioles qu'il nous avait subtilisées et qu'il avait partagé avec quelques compagnons de misère dans les jardins de Saint-Étienne.
C'est alors qu'il m'a semblé opportun de me rappeler le mot de Saint-Augustin :
« Quand les hommes ont bien mangé, le diable s'enfuit épouvanté... »
La troisième anecdote racontée par le cuisinier, et titrée Stipulé dans le contrat, met en scène, un artiste d'exception, le célèbre Rostropovitch (Mtsislav pour les intimes), venu à Toulouse pour un concert unique. Avisé et gourmand, le violoncelliste avait fait préciser sur son contrat : « foie gras ».
« Pierre Samaran, célébrité du somptueux marché Victor Hugo, (là où sont les copains de Gérard Monier !) n'avait pas lésiné sur la qualité et sur la quantité. La soirée fut étincelante !
Le maître commença par s'asseoir au piano pour le plus grand plaisir des clients présents. Il se déchaîna ensuite sur le foie gras aux multiples harmonies et porta une telle quantité de toasts que ses invités, pourtant entraînés, eurent toutes les peines à suivre la cadence.
Le lendemain, dès sept heures, au marché Victor Hugo, Rostropovitch, frais comme un gardon, garnissait son sac de conserves de toutes sortes, devant un Pierre Samaran4, ébahi, qui, lui, aurait volontiers commencé une sieste réparatrice. »
Au fur et à mesure des échanges, j'entrais progressivement en amitié avec Lucien Vanel. Grâce à lui, j'avais accompagné un goûteux cassoulet (Toulousain ) d'un remarquable Madiran d'Alain Drumont, dégusté les pâtes maison à la « carbonara vanelisée », les filets de rougets à la moelle ou la très somptueuse blanquette dont Claude Nougaro fait l'apologie, découvert en saison l'onctueux cabécou de Rocamadour, appris sur les vieux armagnacs du Ténarèze gersois dont ceux d'Hector Théaux.
Un soir où, mon épouse et moi dégustions la cuisine du Chef. Après avoir reçu nos compliments, aimable et voulant certainement me faire un grand plaisir, Lucien Vanel offrit à
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