mon épouse un stage d'une semaine en cuisine. Émue et prudente à l'idée de déranger et/ou de commettre des fautes devant un chef célèbre et sa vaillante équipe de cuisine, à mon grand regret, mon épouse hésita puis déclina l'invitation, prétendant ne pas être à la hauteur… Je remerciai Lucien chaleureusement.

Décidément, je ne m'étais pas trompé. L'impression ressentie lors de notre première rencontre s'était confirmée et enrichie d'observations. À la fois emporté et réfléchi, chauvin et tolérant, professionnel avant tout, mais également homme de cœur et d'esprit, ne laissant personne indifférent, Lucien Vanel, le gamin de Lacapelle-Marival, venu à la ville, — accompagné d'une épouse intelligente, organisée et charmante —, sublimer les plats du terroir, était un personnage, ou mieux encore, comme on dit avec l'accent de ce cher sud-ouest, une tronche. Homme de grand talent, au caractère affirmé, également cultivé et sensible, peut-être motivé par le désir d'honorer, sa chère grand-mère, cuisinière d'instinct.

J'ai été très honoré, et je demeure nostalgique mais heureux, d'avoir pu échanger un peu d'affection avec ce couple d'exception. Et c'est avec joie et respect que je laisse à Lucien Vanel, ce qu'il appelait le mot de la faim : « Lo què bêstia à taula, es bêstia pertot »5

Alors que ces lignes sont écrites, en écoutant le sublime dernier enregistrement de Léonard Cohen, mes plus importants souvenirs toulousains : le centre de Montaudran, la rencontre avec Gaston Vedel et la fréquentation épisodique des Vanel, sont avec la beauté de la ville rose, les raisons profondes qui expliquent mon attachement à Toulouse et ma nostalgie de ce temps.

Lucien Vanel a, selon sa propre formule, rejoint la maison du Père. Décédé à Toulouse le 10 juin 2010, il a été inhumé à Lacapelle-Marival.

En hommage au héraut de la gastronomie, à l'occasion de véritables Olympiades Gourmandes, un prix annuel Lucien Vanel, est désormais décerné par la ville de Toulouse.

1 Prix au départ d'une bouteille de Forts de Latour en 1980 : 40 francs. ... en 2016 ; 145 euros

2 Apocope et aphérèse
L'apocope consiste à supprimer des phonèmes en fin de mot. Ce procédé souvent utilisé en français l'est aussi dans l'argot polytechnicien. Ainsi, L'argot de l'X (1894), cite entre autres, car ils sont assez nombreux, les mots coeff, exam et labo désignant respectivement le coefficient (d’une matière au concours d’entrée ou à un examen), les examens et laboratoires de l'École. Ces mots font désormais partie du langage courant. L'aphérèse consiste à supprimer des phonèmes en début de mot. Ce procédé peu courant en français, est en revanche souvent employé dans l'argot polytechnicien. Ainsi, commissaire, capitaine et cabinet ont donné respectivement missaire, pitaine et binet. Certains mots subissent à la fois une apocope et une aphérèse, comme administration qui devient strass.

3 Anecdotes tirées du superbe livre « Saveurs et Humeurs » de Lucien Vanel, aux Éditions Daniel Briand

4 Pierrot Samaran, fondateur d'une maison de qualité, — spécialisée dans la volaille et le foie gras, et possédant une loge au très réputé marché Victor Hugo — décédé en 2009.

5 Celui qui est sot à table est sot partout.

 - 322 -