ÉPILOGUE

Les trente-huit chroniques précédentes - allant de mars 1947 à mars 1983 - couvrent trente-six années d'une vie, dont trente années de vie professionnelle après apprentissage de qualité, effectué suite à un recrutement national par voie de concours.

Elles mettent successivement en scène des situations diverses et des hommes de tous niveaux - de l'agent professionnel expérimenté, du chef d'équipe ou du contremaître ayant connu les débuts, à l'ingénieur confirmé occupant un haut poste - engagés dans l'activité industrielle d'entretien des avions commerciaux d'une compagnie nationale de transport aérien, en l'espèce Air France.

À travers les étapes successives, les moments significatifs vécus, les développements, les échanges intervenus, les scènes vécues ou observées, les phrases entendues et les constats intervenus, - ce parcours, qui envisage, au fil des ans, l'organisation et la vie de l'activité particulière intéressant le maintien en état de vol des avions et la sécurité des passagers - observe à travers maintes situations, un travail spécifique exigeant de tous un raisonnement économique, l'importante responsabilité des différents professionnels, le rôle et les attitudes de l'encadrement supérieur, les servitudes, exigences, joies et satisfactions du métier.

Au long de ce récit, simultanément au déroulement des différentes étapes hiérarchiques d'une carrière atypique - celle d'un ancien apprenti, tuberculeux menacé de thoracoplastie à dix-huit ans, devenu trente ans plus tard ingénieur-en-chef -, ont été successivement restituées, examinées, et parfois commentées des scènes significatives qui constituent, d'une certaine façon, une modeste certes, mais significative fresque industrielle et sociale, intéressant outre le métier, les aspects de la promotion supérieure du travail.

Alors, sur ce sujet, à partir des éléments touchant mon parcours, également en prenant en compte les nombreuses observations que j'ai pu faire concernant un grand nombre d'agents, et de situations de carrière observés -, qu'il me soit permis de faire quelques appréciations, commentaires, voire de tenter une conclusion.

Rappelons tout d'abord, qu'Air France, à cette époque, est sous tutelle du gouvernement.

Plus largement, au delà des problèmes techniques, au fil des gouvernements Air France est soumise aux influences politiques de tous bords. Dès la libération, différentes influences se font jours, via les syndicats, les partis politiques et transversalement la franc-maçonnerie, d'ailleurs représentée au plus haut niveau, dès 1948, par l'excellent président Max Hymans.

Toutes ces forces, - qu'elles représentent le personnel navigant ou le personnel au sol -, sont plus ou moins importantes, plus ou moins puissantes, selon tel sujet ou fonction de telle période et/ou configuration. Elles s'exercent de différentes façons, concernant aussi bien des créations de postes, de la définition des compositions d'équipages techniques et commerciaux, de certaines embauches de haut rang que certaines nominations aux postes principaux de l'entreprise.

C'est ainsi, que sous le gouvernement Chaban-Delmas (Président du Conseil partisan de la Nouvelle Société), le personnel navigant technique, demandeur de la création, à la direction des Opérations aériennes, de quelques 70 postes au sol, affectés à leurs professions (Officiers Pilotes et Officiers Mécaniciens navigants), obtiendra gain de cause, entraînant au préalable la démission du directeur général -adjoint Affaires techniques, Monsieur Jacques Scherrer, qui s'était courageusement opposé à cette excessive et coûteuse demande.

Rappelons également que c'est au terme d'une bataille de plus de sept ans avec les syndicats de personnel navigant technique, et après avoir perdu 15 % de sa clientèle européenne, qu'Air France a pu mettre en ligne le moyen courrier court B 7371.

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