Ainsi des très curieuses observations faites concernant les hauts postes, niveau ou les divers réseaux d'influences trouvent leur champ d'application.

Sous réserve que les intéressés aient démontré leurs capacités et acquis, à différents postes, une large expérience, le jeu de la " succession scolaire " ne me choque pas. Par exemple, que Léon Picassette (sup'd'aéro), cinquantenaire expérimenté et travailleur, succède à Jacques Scherrer (sup d'aéro devenu directeur général adjoint) au poste de directeur du Matériel n'a choqué personne.

Le cas de Jean Luce2 (polytechnicien), ancien résistant et homme de qualité — section technique à Vilgénis, et, à Orly, division de révision des équipements électroniques, puis conducteur animateur du Programme d'Amélioration de la Productivité (PAP) —, nommé par Jean-Louis Rattier (polytechnicien devenu directeur général adjoint), nomination déjà moins attendue, avait rapidement été, si j'ose dire, exorcisé par l'intéressé lui-même, qui arrosant sa nomination en compagnie des membres de son équipe du PAP, avait en toute modestie et honnêteté, déclaré :

« C'est vrai que si Rattier n'avait pas été à ce poste, je n'aurais jamais été nommé directeur... »

Pour prendre un exemple précis, quand je compare le nombre de postes exigeants successivement tenus, avec engagement, par Kientz avant sa nomination au poste de directeur, avec la quiétude protégée du chemin, (ou " carrière tranquillosse ") suivi par d'autres petits vernis (petits malins vigoureusement pistonnés), qui plus est, rarement contestés, même par ceux qui ont dû porter sur eux des appréciations, je ne peux que confirmer la grande injustice rencontrée même à haut niveau.

Et cette situation rejoint en l'esprit, la déclaration d'un ingénieur-en-chef hors classe, tant compétent qu'opportuniste, qui tentera un jour de parfaire mon éducation en m'expliquant sereinement que
plus le manche est pourri plus il faut être du côté du manche ...

À titre personnel, j'avais accumulé suffisamment de preuves que la réussite dans son travail ne réglait pas tout et qu'il existait, pour un nombre significatif de personnes, d'autres paramètres pour conduire leur destin et leur carrière.

Désormais la célèbre phrase de Treins, prononcé alors qu'il était sous-directeur, résonnait dans ma tête comme un message subliminal :

« À Air France ce n'est pas ce que vous faites qui compte, c'est ce que l'on dit de vous... »

Ainsi, à partir du verbe combiné de certains, on peut tailler à tel, le costume qui va bien ou celui qui messied... et, progressivement, favoriser ou défavoriser ce tel.

J'essaie alors d'examiner les choses avec objectivité. Depuis mon année passée au sanatorium, année durant laquelle non seulement Air France ne s'est pas séparé de moi, mais m'a versé un salaire, ma relation avec la compagnie est faite, en large partie, de reconnaissance. Et, hors une ambition propre à chacun, ce sentiment d'être redevable, a certainement été moteur dans mon engagement au travail, au départ de ma carrière. Au fil des ans et des postes, et des preuves clairement attendues par la hiérarchie, l'habitude de mon engagement, les efforts déployés à obtenir les résultats, et partant, ma franchise et ma liberté de ton avec ma hiérarchie, sont demeurés. D'où une forte personnalité qui peut ne pas convenir à telle hiérarchie ou entraîner un peu d'agacement ou de jalousie de certains collatéraux.

J'avais postulé pour prendre la divisions Entretien en ligne, ou le service Équipement industriel. J'aurais compris, compte-tenu de mon expérience, d'être envisagé comme adjoint production du Département grand entretien que j'avais quitté dix-sept ans plutôt.

Et ce qui m'avait très surpris et finalement choqué, c'est l'absence totale de discussion sur le sujet, comme si un tacite non-dit devait être la règle.

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