AU DELÀ DES BOUCHURES
Tous ces postes comme tous les postes, à l'exception de certains considérés comme moins importants, précédemment tenus par des agents issus du rang, étaient définitivement verrouillés au bénéfice des ingénieurs, issus des grandes écoles, et embauchés nombreux depuis les années 1960.
Seules les divisions d'entretien des matériels au sol et outillages (zones industrielles et zones escales d'Orly et Roissy) étaient ouvertes aux ingénieurs du CÉSI.
Par moments, une nécessaire décence tentait de reprendre le dessus pour atténuer mon très fort désappointement en réduisant le débat. De quel droit puis-je me plaindre, moi qui est bénéficié de 15 échelles en trente ans? N'ai-je pas également eu la chance, depuis quinze ans de tenir trois postes de grand intérêt dans lesquels j'ai trouvé beaucoup de satisfaction. Ma déception n'est-elle pas reliée à une trop forte ambition et n'y a-t-il pas vanité de ma part à avoir nourri tant d'espoir ?
Alors, au delà de ma déception concernant le délai mis à prendre ma promotion3 tout en perdant l'emploi de mon épouse et ma nomination (décevante à mes yeux), à la tête d'un des deux services du département Approvisionnement et Achats, il y a le constat plus indigeste que, quels que soient les efforts précédemment déployés et les résultats obtenus, la situation est, désormais, passée sous un silencieux " contrôle social " qui, à tous niveaux, ne souscrit pas aux mélanges des torchons et des serviettes.
Bien sûr, l'avancement les possibilités d'avancement demeurent, et le blocage perçu ne concerne pas le salaire à venir, mais le fait que certains postes, que je suis parfaitement en mesure de tenir, me soient, n'étant pas ingénieur d'une " grande école ", interdits, me choque profondément.
Objectivement, Air France respectait cependant l'esprit du contrat tel qu'initialement défini depuis origine, savoir que la formation ingénieur CÉSI était destiné de former des cadres de production de haut niveau et, non écrit dans le texte, susceptibles d'être, le cas échéant, d'excellents adjoints à ces messieurs de bois-joli, mais sans avoir l'outrecuidance de vouloir tenir tel poste à eux réservés...
Situation bien différente de la compagnie Delta Airlines4, dont presque les deux tiers des cadres dirigeants ( niveau chef de département, sous-directeurs et directeurs) ont commencé leur carrière comme agents de maîtrise.
Et apparaissent soudain et de façon précise, les limites, que je soupçonnais en refusant d'y croire, concernant la promotion supérieure du travail.
Les marques d'estime et de confiance reçues depuis ma sortie du CÉSI, les complicités vécues avec ma hiérarchie et les confidences souvent reçues de tel ou tel ne pèsent plus bien lourd et dorénavant ma confiance, face au système, s'est considérablement réduite.
Alors, il me vint à l'esprit d'envisager un poste auprès de Royal Air Maroc ou d'une compagnie africaine, ou encore aux États-Unis, mais cette voie s'avère impossible car mon épouse n'envisage pas de quitter la France, du fait de sa mère désormais veuve et âgée.
Puis je songe aux autres copains sortis du rang, nombreux à être devenus navigants, avec leur métier comportant évidemment d'importantes responsabilités, mais dont l'exercice n'est, pas encore du moins, soumis à ces ségrégations de fait, et dont le salaire n'est en rien comparable avec " le sol ".
Si seulement, je n'avais pas été tuberculeux à dix-huit ans, lors que le docteur Meyer, pneumologue, exerçait à l'hôpital Boucicaut et simultanément Médecin-chef de la compagnie et veillait, à juste titre, à la sélection sanitaire du personnel navigant.
C'est donc un peu déçu et préoccupé, et considérant mon sort professionnel, comme provisoirement sans véritable intérêt, que je quitte, le centre de Montaudran et Toulouse.
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