ANNEXE B - 2/4

Où en est le traitement de la tuberculose. Périodique médical Le Toubib (1947).
Du bacille de Piorkowski à l'A.R.T, par le Docteur Maurice Amestoy.

Ainsi, les bacilles de tortue font encore parler d'eux, inspirant ces temps derniers des articles de presse qui ne semblent pas du goût de tout le monde. Pauvres bacilles ! Pauvres enfants !

Trouvés par hasard dans les poumons d'une tortue de mer, tombée malade dans un aquarium du zoo de Berlin, en ont-ils du mal à occuper la place qu'ils méritent !

Au début pourtant la chance leur a souri. En effet, ces enfants eurent deux pères, Piorkwski qui les découvrit et Friedmann qui, imprésario habile, les trouva intéressants et, certains qu'ils éveilleraient la curiosité et attireraient les foules, les kidnappa, les baptisa de son nom et monta "son numéro"...?

Ses « enfants » firent le tour du monde et à grands renforts d'affiches, le numéro fit fortune (du fait de guérisons spectaculaires obtenues auprès de personnes aisées). Hélas, Friedmann demanda à sa troupe un rendement auquel elle n'était pas préparée (qualité du vaccin produit de plus en plus rapidement, doses plus élevées employées pour accélérer les résultats attendus...). Cette troupe fut contrainte de se présenter devant le public en mauvaise condition et les "artistes", fatigués et maltraités, connurent prématurément le sort des vedettes décaties... Après les applaudissements et l'enthousiasme, ce furent les sifflets la déchéance et la condamnation.

Ainsi, quand on parle du vaccin de tortue de mer, on parle du vaccin de Friedmann, et, encore du vaccin défectueux de Friedmann fabriqué de 1913 à 1918.

En 1918, Sous le poids du scandale Friedmann se retira, et la préparation du vaccin fut confiée au Professeur Krüse, lequel assura pendant des années une préparation correcte.

Lorsque Friedmann a repris ensuite son rôle, pourquoi n'a-t-il pas demandé une expérience officielle qui eut mis d'accord partisans et adversaires, car les discussions s'élevaient à nouveau tant en Europe qu'en Amérique.

À ce sujet, rendons justice aux maîtres de la phtisiologie française de l'époque, Calmette et Léon Bernard qui demandèrent cette expérience, à deux reprises.

Mais, s'il n'y a pas que le mauvais Friedmann, il y a avant tout le bacille de tortue de mer, ce bacille que l'on se doit d'appeler le bacille de Piorkowski, du nom de celui qui le premier l'a découvert, puisque c'est lui qui l'a isolé et cultivé le premier.

Et c'est le bacille de Piorkowski qui intéressa l'illustre savant Robert Koch qui pria son ami, le Comte d'Oppersdoff, d'assister de tous ses moyens (cheptel, vétérinaire et laboratoire qu'il installa dans son domaine d'Oberlaugo), Friedmann, ce dernier s'était déjà fait l'imprésario de cette découverte. Malheureusement, comme devait l'écrire plus tard, le 6 juillet 1943, le Comte d'Oppersdoff, au Président de la Commission Nationale d'Hygiène :

« Friedmann se montra plus soucieux de commerce que de science et je dus me séparer de lui, ne voulant pas permettre certains agissements que je considérais comme incompatible avec mon honneur de protecteur de chercheurs ».

C'est à ce moment là que le comte d'Oppersdoff fit la connaissance de Léon Joly et du Docteur Calmels. Frappé par l'intégrité, l'honnêteté et le désintéressement de Léon Joly, il l'engagea à apporter à la France, le travail scientifique, que, par son attitude équivoque, Friedmann avait empêché en Allemagne. Le Comte d'Oppersdoff, remit alors, en 1938, à Léon Joly, pour qu'il les traita sur milieu à lui et de manière scientifiquement impeccable, des tubes de cultures de bacilles réalisés au "Stattlicher institut fur Experimentalle therapie" fondé, à Francfort, par Paul Ehrlich.

Ainsi naquit l'ART, émulsion de bacilles acido-résistants de tortue, émulsion impeccablement dosée dans un laboratoire Français qui ne se refuse à aucun contrôle.

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