AU DELÀ DES BOUCHURES
l'atelier (à cette époque lorsqu'une crique est découverte sur un panneau de voilure, on remplace le panneau moyennant 45 à 72 heures de main d'œuvre ; la pose de bandes de renfort, de 7 à 10 cm de large, intervention qui ne demande que 10 à 13 heures de main d'œuvre, ne sera autorisée par les services techniques que bien plus tard), et se joignent au brouhaha de la ventilation des réservoirs carburant, l'interrogation qui suit immédiatement vise à se demander si cette quasi-dépouille (qui retient encore quelques litres de son liquide de circuit hydraulique Univis J43) pourra un jour retrouver ses capacités et sa superbe...
S'agissant de la Grande Visite, pour un mécanicien « cellule », les systèmes jugés les plus gratifiants sont les commandes de vol (ailerons, direction, profondeur), les volets d'intrados, et les trains. La visite inclut, chaque fois, l'échange standard des éléments mobiles.
L'ensemble direction-profondeur comprend, au poste, les bobines des flettners (petits volets de compensation des gouvernes des trois axes : direction, profondeur, gauchissement) dont la maîtrise du bobinage est parfois difficile ; tout le long du fuselage, accessible par les panneaux latéraux des soutes, la câblerie qui aboutit au bloc servocommande (démonté lui aussi en G.V, pour échange standard des éléments hydrauliques et pour effectuer les réglages, après révision, des éléments mécaniques).
Et pour la câblerie des trois axes de vol, des régulateurs de tension, d'apparence identique et innocente : un pour la direction (taré à 20 lbs), un pour la profondeur (taré à 40 lbs) et deux (soit un de chaque côté, près de la servocommande) pour les ailerons (tarés à 20 lbs). Équipements spécifiques, aussi redoutables que modestes, à l'origine de l'incident suivant :
L'affaire a concernés, le F-Bravo Alpha Zoulou India. En sortie de G.V, au retour du vol d'essai, une difficulté de stabilisation en vol, concernant l'axe des lacets, est rapportée par l'équipage. Les vérifications et les essais au sol sont alors repris, sans que rien ne soit découvert. Un second vol d'essai est déclenché qui débouche sur le même constat... Une aile extrême ayant due être remplacée (pour motif de réparation structurale) durant la visite, réparée depuis, est de nouveau remontée sur avion. Cette disposition n'offrant aucune garantie quant au solde du problème et l'émotion technique étant à son comble au niveau de la chaîne, Manuel Diez (encore lui ! ... et je suis témoin), bien que non impliqué dans l'affaire, se croit autorisé à suggérer au contrôle de faire démonter et tester, au banc d'atelier du Centre de Révision d'Orly, les deux régulateurs de tension de câbles d'ailerons... Et l'on découvre que, d'un côté, est monté un régulateur taré à 20 lbs, donc bien destiné au système d'ailerons, tandis que de l'autre côté a été installé un régulateur taré à 40 lbs, spécifique à la profondeur... La correction de cette erreur, très illustratrice de la loi de Murphy, entraîna immédiatement la disparition du phénomène constaté. Dès lors, ces régulateurs furent classés en matériels révisables avec dorénavant un " sérial number " (n° de série de la pièce) différent, mesure de nature à interdire toute nouvelle confusion. »
L'affaire avait été suivie par tous les mécanos de la chaîne. Elle assura, à juste titre, la notoriété de Manuel ... (devenu Manuel « d'Entretien » !), auprès du commandement d'atelier et auprès de ses potes.
Les opérations concernant les commandes des volets d'intrados (type Fowler), une fois les volets démontés, impliquaient, pour une large part, de travailler le long du longeron arrière d'aile, en glissant, à travers les ouvertures de portes de visites, le tiers supérieur du corps, en s'éclairant d'une baladeuse et en respirant les fortes odeurs incrustées d'un récent et généreux nettoyage au white spirit. Les chaînes qui équipaient les barres d'accouplement et les chariots étaient pour la plupart récupérées après un vigoureux et long brossage, suivi d'un bain dans une huile maintenue à petite température pendant une bonne journée. Les réglages des chariots qui roulaient sur des rails structuraux, et dont dépendaient les corrects débattement et pincement en position rentrée des volets, exigeaient, par approches successives, l'ajustement de nombreux galets, ajustement
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