qui devait prendre en compte les usures (dans les tolérances, bien sûr) des rails structuraux. Les volets d'intrados du L.749 bénéficiaient d'une possibilité manuelle de manœuvre en secours : après l'ouverture d'un plancher de cabine à hauteur de l'avant de la soute arrière, le mécanicien navigant devait actionner une manivelle à taille d'homme qui, par l'intermédiaire d'un boîtier (fixé sur le longeron arrière du caisson central, entraînait l'ensemble des barres, et donc la rentrée ou la sortie des volets. Petite précision qui peut avoir de l'importance : le débattement total des volets, en secours, nécessitait environ 525 tours de manivelle !

L'accès au caisson central d'ailes, pour vérifier l'état des câbles de commande de vol et le torquage (serrage contrôlé avec un appareil mesurant le couple, appelé torquemètre et témoigné par des traits de peinture) des boulons de fixation d'ailes, s'opérait par une porte de visite, fixée par 52 boulons et accessible, en partie centrale avant de la soute arrière. Après avoir écarté les câbles d'ailerons, et s'être glissé par dessus les barres de volets, le pénétrant (si je puis dire), devait faire son chemin à travers les nervures, dans l'isolement et le soudain silence épais du caisson, si redouté de certains claustrophobes... avec tout de même, la présence obligatoire d'un autre agent, sorte de guette au trou, qui scrutait par la porte de visite le collègue momentanément en cage ! Heureusement la fibre sociale de l'équipe ne manquait pas de vibrer : à chaque visite, une quête était organisée pour "les pauvres du caisson" et donnait lieu à un apéritif destiné à exorciser les plus ou moins bons souvenirs des contorsionnistes pénétrants et célébrer leur baptême du caisson.

Les logements de trains principaux offraient une curiosité de semblable nature : en partie supérieure, de chaque côté, donc accessibles par des ouvertures latérales, deux niches (dogs houses, niches à chien) permettaient d'accéder au vérin de relevage et au verrou hydraulique de train en position basse, ... et de mesurer la longueur de tige sortie d'un certain Damper (amortisseur de choc). Mes 183 centimètres refusèrent de s'y engouffrer.

On ne saurait terminer ce tour d'horizon sans évoquer les dégivreurs pneumatiques dont les gonflements par l'air comprimé, distribué par les cycles d'un répartiteur, cassait la glace ou empêchait sa formation en déformant le profil du bord d'attaque de l'aile. Le remplacement de ces équipements consommables spécifiques, habituel en G.V, s'effectuait presque toujours en vacation du soir ou le samedi : façon de récompenser quelques volontaires en heures supplémentaires.

Avec un abattement de 20 % sur le salaire, entre dix-sept et dix-huit ans (arrivé à Orly à seize ans et onze mois et demi, j'ai même dû subir un abattement de 30 % le premier mois !), et avec la retenue sur salaire de 25 % découlant du remboursement du coût du camp de vacances de Barèges, malgré la ressource que constituait le soir, la cantine de l'aérogare, j'avais intérêt (vous l'avez compris) à faire des heures supplémentaires toutes les semaines ; j'étais en quelque sorte, un volontaire obligé...

Après avoir talqué la face interne du dégivreur, le montage s'effectuait, en général, à cinq personnes (trois sur le dock, dont un sur escabeau, deux sur l'aile) : deux agenouillés sur l'aile et un debout sur le dock tiraient, chacun, sur un crochet (constitué d'un petit manche perpendiculaire à une corde à piano recourbée et affûtée à son extrémité), pour positionner le dégivreur, puis chacun des deux autres opérateurs vissaient le dégivreur présenté. L'opération, entrecoupée par le repas du soir, et sous réserve de ne pas déchirer le dégivreur, demandait, au moins, trois heures et demie.

Ainsi, avec le concours de tous, les L.749 retrouvaient leurs moyens et leur fière allure (aérodynamisme et propreté extérieure ou « appearance » ), et, au gré des sorties de visites, les jeunes nouvellement embauchés étaient invités à participer au vol d'essai, moyennant il est vrai, …
d'avoir au préalable, demandé au magasin, un introuvable parachute !!!

Déjà, quelques apprentis de la promotion évoquent des futurs stages d'Officier Mécanicien Navigant et songent à se préparer : Castanier, Goret, Gondré, Jésu, Serlupus seront de ceux-là. J'y songe, moi aussi, sans me presser et sans savoir qu'un autre destin va me conduire, dans moins d'un an au sanatorium.4

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