Au-delà de ces souvenirs opérationnels, c'est celui des compagnons d'équipe de cette l'époque, la plupart disparus — Balcon, Charpentier, Délit, Leroux, Marquis, Veyrier, Pickel, etc., gens simples et valeureux qui, au niveau industriel, avaient, dès mil neuf cent quarante-cinq, « redémarré » la Compagnie, et à qui nous devons aussi beaucoup — qui demeure très fort. Et je ne saurais oublier les contrôleurs Avions Manson, Parisot et Piche, qui, chacun, ont contribué à notre formation.

Manu, l'indépendant, qui malgré ses fortes compétences, est demeuré, à mon grand regret, mécanicien (je n'ai jamais réussi à le décider à passer une seule épreuve de catégorie 3), est toujours là, souriant, en bonne santé et finalement satisfait. C'est dorénavant l'essentiel. Au moment où je revisite ces lignes, il chemine vers ses quatre-vingt-douze balais. Après avoir lu le texte qui précède, et comme si une vieille vielle douleur réapparaissait, il a tout de suite ajouté :
« Mais le plus difficile, c'étaient les robinets de vidange rapide du circuit carburant (vide-vite). Ah ! Oui..., tu te souviens, c'était un sacré coltin...! »

J'ai répondu que je me souvenais également du remplacement des filtres hydrauliques principaux...
... et de la clé qui avait glissée sous le plancher de soute...

Le temps qui nous a vieilli, n'a pas changé nos cœurs.


1 J'aurai, par deux fois, l'occasion de vérifier l'intelligence et l'humanité (donc la classe) du Vieux (c'est ainsi que nous l'appelions, très familièrement, parfois), en particulier, lors d'un entretien de qualité qu'il m'accorda à l'occasion de ma reprise de travail, après un long séjour à l'hôpital et au sanatorium. Dans un entretien à la fois confidentiel et prémonitoire (?), il m'expliqua que son poumon dont la plèvre avait éclaté, ne l'avait pas empêché de devenir le patron des Constel's.

La force avec laquelle il m'avait serré la main, au moment de quitter son bureau du premier étage, m'avait léguée à tout jamais, l'envie de vaincre.

2 le 2 août 1936, le vol postal à destination de l'Amérique du sud, se crashe dans le brouillard suite une erreur de radioguidage. Appareil Wibault 283 T12, matricule F6 ANBL « l'aventureux », Équipage : Gaston Génin (ami de Mermoz), Roger Savarit, Albert Aubert.

3 En hommage à Georges « Jojo » Le Morvan, instructeur Technologie Avion, Dépannage, Ébissure et soudure à Vilgénis. La « clope » presque toujours au coin de la bouche, des roulées main. Un accent avec une tendance à parler un peu « du nez » : « Gondré tu vas aller me gercher mon maquet de gris. » Gondré s'en roulait une sur le parcours et oubliait de rendre les feuilles à Jojo. Lequel se retournait impavide vers un autre moniteur nommé Desvigne : « T'as pas une feuille, deuvigne, de cigarette. » Les nombreux apprentis de Vilgénis qui ont connu Georges Le Morvan, ont apprécié sa bonne humeur, son affabilité et son bon sens.

3 Mais ceci est une autre histoire : en mai 1952, j'avais reçu le BCG, à Vilgénis, en compagnie de Labarre. Poutet, motoriste de la promo 1948/1951, l'avait reçu l'année précédente. Ce, sans aucune des précautions élémentaires liées, (diminution des activités sportives surtout à la période de préparation des examens, interdiction des bains de soleil, etc.), et malgré « le contrecoup d'une croissance exceptionnelle... », (30 cm en 3 ans), qu'avait pourtant pertinemment mentionné J.L Rattier dans les observations trimestrielles du carnet de notations. Quant au surveillant général, son seul champ d'observation au niveau des élèves, étant la discipline, la synthèse médico-sociale ne devait pas relever de ses fonctions... Avec en plus, il est vrai, le « bénéfice » du « train de vie » des premiers mois de travail, j'ai rejoint au sanatorium, les deux autres « vaccinés », qui déjà, y avaient leur lit... sans que ça n'interpelle jamais quiconque...

 - 54 -