voire inquiet, que rien ne semble expliquer. Il a tout à fait bonne mine. Cependant, ses longues mains serrent nerveusement drap et couverture, comme s'il voulait les maintenir comme une protection, au niveau de la ceinture...

Nous le saluons très chaleureusement. Nous attendons quelques secondes avant de poursuivre, puis les questions se succèdent, à la façon habituelle en tel cas :
« Bonjour... Comment ça va Monsieur Nescus, vous semblez vous bien porter … »
L'ancien ne bouge pas, semblant gêné, et racle sa gorge, comme pour gagner du temps.

Et nous, à tour de rôle, on continue...
« On est venu au nom de toute votre équipe... pour prendre de vos nouvelles... On est bien content de constater que vous avez bonne mine... »

On attend un signe, un acquiescement, une réponse... Rien du tout.

Le chef demeure silencieux, l'air embarrassé. Il tente avec discrétion d'ajuster son assise et affiche progressivement un air désespéré. Alors, Piche lui demande si tout va bien, s'il a besoin d'un coup de main... pour quoi que ce soit...

À l'écoute de cette proposition, l'œil du vieux bonhomme s'allume. Son visage blêmit soudain, et après environ trois minutes de silence contenu à écouter avec impatience nos banales civilités, il explose littéralement et se met à rugir :
« Dites donc les gars, vous n'avez pas encore compris que je suis en train de chier... !!! »

Piche et moi, effarés par la scène, muets, ne savions plus où nous mettre. Heureusement, sur ces entrefaites, la dame que nous avions vu sortir de la chambre à notre arrivée, réapparaît. Devant nos mines interdites et le regard désemparé du patient, elle comprend instantanément la situation et nous fait signe de sortir. Ce que nous faisons sans demander notre reste.

Piche livide, qui se reproche d'avoir déclenché l'apocalypse, me précède, pressé de reprendre sa moto et de fuir l'endroit. Le pôvre est tellement remué qu'il n'arrive plus à articuler et nous rentrons à Orly la mine défaite et pleins d'interrogations pour la suite. »

Après nos éclats de rires liés à la relation de la scène et à l’inattendu du dénouement, Manuel et moi, comprenant le délicat de la situation créée entre les contrôleurs et leur chef, étions redevenu sérieux. En fin de récit, Manuel hasarde une question :
« Mais alors depuis, ça doit être difficile... »

Manson, sourit et nous explique que la situation a, au contraire, évoluée favorablement d'une façon inespérée. Le lundi suivant leur expédition, Mathurin Nescus, avait en effet, repris ses esprits, quitté la clinique et, le mardi matin retrouvé son poste. Dès son arrivée, il avait déboulé dans le local du contrôle et adressé, à tous, ses remerciements, suite à la visite reçue à la clinique. Puis, adressant un signe aux deux messagers, il leur avait, dans son bureau, bredouillé quelques mots de ce qui voulait s'apparenter à des excuses. Et pour bien montrer que la situation ne souffrait d'aucune ambiguïté, d'un geste, il les avait invités à reprendre, sans tarder, le Manuel d'entretien …

Tout se terminant bien, Manson et Manuel se félicitèrent de cette nouvelle situation.

Mi sérieux, j'ajoute :
« Piche... comment appelle-t-il son chef maintenant...? »

Devant la mine interrogative de Manson, Manuel me demande à quoi je pense en disant cela.

« Ben, après votre aventure, en conservant en mémoire l'image de la scène principale, vous pourriez l'appeler autrement. Je pensai à le baptiser le chien assis...!!! »

À l'écoute du trait d'esprit, un peu cruel, du jeunot, derniers sourires complices, en finissant nos verres.

Manuel reprend alors les rênes :
« Bon, maintenant on se dépêche d'aller à la cantine, et fini la rigolade, parce que cet après-midi, y a du coltin... "

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