AU DELÀ DES BOUCHURES
Il y avait déjà plusieurs jours que je toussais et expectorais, avec l'apparence d'un vieux bronchiteux chronique, lorsque la fièvre récente atteignit 39°C . En visite chez mes parents, ce lundi de Pâques, j'accepte de me reposer dans la chambre précédemment occupée par Roger.
C'est dans cette pièce non chauffée que, dès le lundi, vient m'ausculter, le docteur Reichmann, diplômé de la faculté de Médecine. Portant beau, chevelure noire avec raie et pattes, il n'omet jamais de s'exprimer d'une voix grave et pratique, de surcroît, le baise-main. À la vue d'un personnage aussi convaincant, la dorénavant épouse de mon père, n'en finissait plus d'éloges. Associant, comme dans une sorte de pot-au-feu intellectuel, ses arguments, son cerveau avait fini par retenir qu'un mystérieux médecin juif, d'origine allemande, portant visage sérieux, habit de cérémonie, et saluant, même avec feinte ostentation, une charcutière, ne pouvait être qu'un génie... Ainsi auréolé de gloire, ce Diafoirus de banlieue, diagnostiqua, dans mon cas, une typhoïde... Pris de panique, les jours suivants, eu égard à ma fièvre qui ne retombait pas, il fit appel, à un certain Professeur Kreitz, venu de Paris, qui dans les cinq minutes qui suivirent son auscultation, décida de mon immédiate hospitalisation, pour traitement d'une tuberculose évolutive...
Ma belle-mère apprenant simultanément l'erreur de diagnostic de son idole, le fait que j'étais devenu tuberculeux, et le coût du déplacement du Professeur, remâcha sa contrariété quelques minutes, puis entrebâilla, sans entrer, la porte de ma chambre et libéra ainsi ses pensées opportunistes, confuses et exprimées de façon lapidaire :
« Ah, le Reichmann, c'est un con..., il nous a chié dans les bottes, on le reprendra pas... Mais, t'as entendu, tu es tuberculeux, c'est grave, très grave..., c'est contagieux..., même que les Allemands les stérilisaient, pour qu'ils ne puissent pas avoir de gosses... »
Puis, prenant le ton de la confidence et de la compassion feinte, tout en se tordant les mains :
« Écoute-moi... On te l'a jamais dit, mais moi, je vais te le dire..., c'est comme toi... ta mère... Oui, ta mère... Eh, bien… elle est morte de tuberculose... »
Je reçois l'information comme un coup de poing dans l'estomac, mais je ne réponds pas...
Je décide de ne pas interroger à mon père.
Placé sous l'autorité médicale du docteur Liebert, le Pavillon Villemin de l'Hôpital Intercommunal de Créteil, dispose d'une quarantaine de lits, répartis dans des chambres destinées à deux ou six patients. Accompagné de mon père et de la mère Juin, notre voisine infirmière, je fais une entrée matinale dans l'établissement le treize avril
N'en déplaise aux pourfendeurs de la calotte, celles qui règnent alors, d'un œil de maître et d'un cœur divin, sur l'établissement, sont les Sœurs de la Charité, aidées d'une infirmière diplômée d'État, et d'une femme de ménage. Et de sept heures du matin à vingt et une heures le soir, à deux heures près consacrées à la Sainte Vierge et à Dieu, chaque jour, attentionnées et souriantes, elles sont, courageusement, au service des malades six jours sur sept.
Le docteur Liebert, sorte de géant, tout habillé de blanc, y compris par un bonnet carré, entretient, dit on, au long de l'année, un teint bronzé et porte une paire de lunettes de soleil Ray Ban. C'est lui qui m'imposera un pneumothorax, un mois après l'insuccès de la trithérapie comportant, outre la Streptomycine, le Para-Amino-Salicylate de sodium (PAS) et l'Isoniazide, acide isonicotinique, plus connu sous le nom commercial de Rimifon.
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