AU DELÀ DES BOUCHURES
Mon imprégnation d'ancien enfant de chœur, voyant certainement là, un signe de la Providence, ma raison et ma curiosité m'invitaient à aller consulter ce praticien. Rapidement, ma décision fut prise de convaincre mon père de l'intérêt de cette entreprise. Face à un enfant exalté, désemparé de se savoir toujours bacillaire, mon père accepta de me conduire chez le soit disant réputé thaumaturge, et bon plaideur de mon état, obtint un rendez- vous pour le vingt trois juillet.
Rue de la pompe, dans la confortable salle d'attente de l'appartement du premier étage, sept personnes, soient trois patients accompagnés, sont déjà installées. Certaines d'entre elles, en cours de traitement ou en phase de consolidation, échangent, à voix basse, les motifs de leur satisfaction. Au mur, voisinant avec des esquisses de Daumier, les condamnations et/ou les relaxes du praticien devant les tribunaux, au nombre de trois, sont affichées....
Un patient, observe attentivement mon étonnement. L’œil vif, souriant, il m'initie à sa façon :
« Notre docteur continue de pratiquer le vaccin Acido-résistant de Tortue de mer, car à chaque procès, c'est un défilé de patients guéris qui viennent témoigner devant le tribunal... Du coup, il a même été amené à soigner un juge..! Et puis, c'est un ami très proche du Président Edgar Faure, alors, il est un peu protégé... »
D'autres échanges ont lieu, agréables et satisfaisants à entendre. Initialement tendus, mon père et moi sommes maintenant plus rassurés....
Après un peu plus d'une heure d'attente, une dame, grande, élégante, avec un accent étranger, nous introduit dans le cabinet de consultation. J'apprendrai plus tard, qu'il s'agit de l'épouse du médecin.
Grand, svelte, le visage avenant, le regard bienveillant de deux yeux gris bleus, la voix apaisante, le docteur Amestoy, nous reçoit. Un questionnaire serré, entièrement centré sur la maladie, mon état actuel, les résultats de mes analyses bactériologiques et la lecture de mon descriptif radiographique initial, précèdent un examen radioscopique pratiqué dans une pièce attenante.
Le praticien sort ensuite une seringue d'un centimètre de diamètre, prend d'un flacon étanche moins de deux millimètres d'un produit destiné au traitement de la tuberculose des bovins... et me l'injecte en piqûre intramusculaire dans la fesse. De retour au cabinet, le docteur prend la parole, sur le ton de quelqu'un qui s'adresse à des amis :
« Bon, il s'agit d'un infiltrat important et d'une petite caverne, que je ne peux plus bien observer du fait du pneumothorax. Pas d'antécédents (silence de mon père). Un état général actuellement bon. Avec deux ou trois vaccinations en six mois, je devrais vous guérir... De toute façon, nous serons fixés dans six semaines à deux mois quant à l'action du vaccin. Dans les jours qui suivent et durant quatre à six semaines, votre toux et vos expectorations vont notablement augmenter. Ne vous en inquiétez pas. Au contraire...
Deuxième vaccin dans trois mois. Si ça fonctionne comme je le pense, vous serez certainement guéri pour Noël..! »
J'ai beau être subjugué par le ton assuré et convaincant du praticien, je me dois de demeurer la tête froide. Je demande alors au docteur de m'en dire un peu plus concernant ce vaccin dont en fait j'ignore tout. Impassible, le docteur Amestoy, m'offre Le Toubib, un périodique médical, dans lequel il a produit récemment un long article (cf. annexe B) sur l'origine et les résultats obtenus, en clinique humaine, avec ce vaccin. Après m'avoir demandé de le lire attentivement, et désireux de passer au client suivant, le médecin indique à mon père de bien vouloir lui régler dix huit francs. Au moment ou nous quittons le cabinet, le docteur me prend par l'épaule et me demande de lui faire confiance....
Je l'informe que je vais bientôt partir en sanatorium et que je m'inquiète pour les vaccins suivants.
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