Il me rassure immédiatement, me précisant que moyennant de recevoir, dans moins de trois mois, une enveloppe timbrée à ma nouvelle adresse, il pourra me faire parvenir le vaccin buccal, selon dose, disponible en sachet de poudre, et à prendre à jeun.

Silencieux, mon père et moi sommes montés dans la voiture. Dès après le démarrage, j'ai essayé de mettre de l'ordre dans mes observations. Cette très petite dose de vaccin, tirée d'un flacon, utilisé habituellement par les vétérinaires, ne m'a pas convaincu. Pourtant, le médecin m'a semblé honnête, compétent et sincère. Par ailleurs, le prix de l'ensemble de sa prestation (tarif d'un spécialiste, plus radioscopie et vaccination), dix huit francs, comparé aux huit francs que coûte alors une visite chez un médecin généraliste ne me paraît pas excessif. Enfin, les témoignages entendus en salle d'attente étaient tous favorables... Fatigué par toute cette séquence et occupé par la conduite de la Peugeot, mon père se range à mon avis. Non, cet homme ne donne pas l'impression d'être un fumiste ou un escroc... mais de là à me guérir, attendons pour voir ... C'est dans cette disposition d'esprit que je rejoins, peu avant le repas du soir, l'hôpital de Créteil, bien décidé à garder tout cela pour moi.

Dès le lendemain, intéressé et fébrile, j'ai lu, ou plutôt dévoré, l'article que m'avait aimablement confié le docteur Maurice Amestoy*. Au fur et à mesure de cette lecture, je découvrais certains aspects de la médecine, domaine plein d'intérêt et d'intérêts, mais non étranger aux mensonges, et aux luttes de pouvoir. Cette situation rejoignait en l'esprit, la critique, déjà formulée, affirmant que la tuberculose, très grave maladie qui mobilisait tant de talents, était aussi un vaste marché qui faisait vivre plus de gens qu'elle ne tuait de patients...

Révélant l'historique exact du vaccin et les principaux acteurs de cette découverte impliquant une tortue de mer tuberculeuse du zoo de Berlin, mentionnant les turpitudes et abus commerciaux du Professeur Friedmann, puis le sérieux travail de Léon Joly et du docteur Calmels, les frilosités, ignorances et choix des pontes de la faculté, et les résultats obtenus en clinique humaine, le texte précis et étayé du docteur Amestoy, constituait un plaidoyer convaincant. Il convenait maintenant d'attendre le déroulement du mois d'août afin de noter les effets favorables ou non du vaccin.

Les manifestations annoncées par le praticien, augmentation de la toux et des expectorations, eurent bien lieu, mais tellement fortes que je finis par m'interroger, d'autant qu'elles persistaient encore une semaine avant le vingt cinq août, date de mon anniversaire, entraînant chez moi une très profonde inquiétude et altérant mon humeur.

C'est ainsi que perdant soudain confiance, à l'approche de mes dix huit ans, j'eus, un après-midi, un violent échange, avec la sœur la plus aimable qui soit, venue me dire quelques mots d'apaisement. Cet accès se prolongea d'une révolte écrite argumentée de deux pages. Ainsi, j'explosai en un procès élémentaire et facile, au ton très blasphématoire, à travers lequel je demandai à cette religieuse quelle faute j'avais pu commettre pour être atteint de tuberculose, et retenu à l'hôpital le jour de mes dix huit ans. Malheureux, volontairement perfide et insolent, je lui demandai également de me dire quel plaisir Dieu pouvait ressentir devant cette triste situation...

Sur l'instant, sœur Marie-Ange, italienne d'origine, au fin visage éclairé de deux beaux yeux marrons en amande, très peinée, m'avait regardé avec compassion, sans répondre.

Mais, au matin de mes dix huit ans, à mon réveil, je trouvai sur ma table de chevet, déposés de nuit, un tout petit bouquet de fleurs des champs, certainement cueillies dans le jardin de la communauté, accompagné d'un poème, et d'une toute petite carte, sur laquelle était écrite cette importante phrase de Saint-Exupéry : « le silence est le seul espace de l'esprit où il peut ouvrir ses ailes ».

Je pris les fleurs, lu le poème plusieurs fois.

Je fus bouleversé.

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