SANATORIUM DE LA GRANGE SUR LE MONT (39)
Médecin directeur Docteur Claude Shipmann. (fin août 1953/mars 1954).

Je suis arrivé au sanatorium le lundi trente et un août en début d'après-midi. L'immense bâtisse qui comporte deux niveaux, entouré de communs et d'une chapelle ancienne, est située face à la superbe forêt de Joux. Outre une vaste cuisine et un grand réfectoire, le rez-de-chaussée comporte les locaux techniques abritant les équipements électriques et le chauffage, et une zone de magasinage.

Au premier étage, sont implantés le laboratoire d'analyses bactériologiques, hématologiques, la radiographie, un récent appareil de tomographie et un bloc opératoire, avec chambres de réveil. Chaque vendredi, un chirurgien extérieur effectue les exérèses et thoracoplasties.

Les chambres seules ainsi que celles comportant plusieurs lits sont au second étage. C'est là que je suis rapidement conduit par l'agent qui me reçoit.

L'accueil et l'affectation d'un lit dans une grande chambre de quatre lits se sont faits sans perte de temps. Dès le lendemain, la prise en compte de mon dossier médical, et un examen radiologique, aboutissent à un premier constat et à une décision signifiée par le Docteur Claude Schipmann, médecin directeur (porteur de deux pneumothorax), en présence de son adjoint, le docteur Claude Vautier. (porteur d'un pneumothorax) :

« Jeune homme, vous êtes toujours positif en bacilles de Koch à l'examen direct (BK +++), ceci après cinq mois de trithérapie. Vous avez reçu un pneumothorax du poumon gauche. La radiographie de ce jour, nous confirme que le lobe supérieur du poumon a légèrement basculé autour de votre bronche. En conséquence, nous allons dès aujourd'hui, rehausser le pied de votre lit pour tenter un retour à une situation plus normale. Tant que le lobe se trouve dans cette position, nous ne pouvons entretenir le pneumothorax que de façon transitoire, ce qui diminue son efficacité. Par ailleurs concernant les antibiotiques, nous allons supprimer la pénicilline, et le Para-Amino-salicylate. Nous conserverons le seul Rimifon. »

C'est ainsi que je vais vivre durant deux mois, avec une rehausse des pieds de trente cinq centimètres qui, allongé, me donne des nausées. L'excellente ambiance de la chambrée m'aide à supporter cette situation, « libérée » aux seuls moments des repas servis dans la chambre.

Pour les patients encore totalement alités, le rituel hebdomadaire consiste en une simple visite journalière, effectuée par le docteur Vautier et une visite hebdomadaire, plus approfondie, avec dossier pour certains, conduite par le médecin directeur. Le vendredi, journée entière réservée aux opérations chirurgicales de certains pensionnaires, demeure, pour chacun, un jour de tristesse. Pour les patients en voie de guérison, une cure journalière d'au moins deux heures, effectuée dans le silence, sur un immense balcon abrité, est seule exigée.

Sur le plan thérapeutique, compte tenu de l'éloignement de Paris de ma nouvelle résidence médicale, toutes dispositions ont été prises avec le Docteur Amestoy qui doit me faire parvenir, dès mi septembre, au sanatorium, la seconde dose de vaccin ART. Ce vaccin me parvient, en temps utile, sous forme de poudre en sachet, à laisser fondre, à jeun, sur la langue. Les nombreuses toux et les expectorations prévues par le praticien parisien, qui ont eu lieu durant le mois d'août, sont en nette diminution, mais un examen d'un tubage, pratiqué troisième semaine de septembre, confirme de nouveau la positivité des analyses. Je suis inquiet, mais, me souvenant des fermes assurances données par le docteur Amestoy, je demeure cependant toujours confiant, d'autant qu'un examen bacillaire direct se révèle négatif fin septembre.

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